Il arrive sur la terre canadienne et l’épreuve l’attend au seuil de la mission qu’on lui a confiée. Le même courrier de France — le premier qu’il reçoit — lui annonce la mort de sa mère et la mort de sa sœur ; alors l’envoyé du Seigneur, se souvenant qu’il est un homme, laisse couler ses larmes.

Mais les Indiens sont là, la belle race montagnaise Etshen Eldeli (des Mangeurs de Caribous) et le chef parle :

— Homme-de-la-prière, maintenant que tu es orphelin, tu nous aimeras encore davantage, car nous serons ton père et ta mère. Arrête l’eau de tes yeux.

Et le Père Breynat, de la Mission de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, s’humilie devant la Reine Admirable dont le cœur saigne de sept plaies pantelantes :

« Debout, tout en larmes, près de la Croix où son Fils était cloué se tenait la mère de douleur… Stabat mater dolorosa. »

Elle n’entend pas les blasphèmes de la foule, elle ne voit pas les soldats jouant aux dés la robe de Jésus, elle entend le bruit sourd du marteau, elle voit les clous, le flanc ouvert, le sang qui coule…

L’Oblat, ayant prié, se relève meilleur. Une consolation l’accueille. Mgr Grouard lui envoie un message le priant de venir à la Nativité.

De Notre-Dame des Sept Douleurs à la mission de la Nativité, il faut franchir le lac Athabaska sur 280 kilomètres. C’est sa première traversée. On est en février. Depuis plusieurs jours le froid oscille entre 45 et 55 sous zéro. Comme équipage, il a trois chiens minables et comme guide un Indien de dix-huit ans, Paulazé.

Qu’importe au Père Breynat ! Il faut partir, il part.

Dès la première étape, le père sent une aiguille lui piquer le pied droit. On enlève mocassins et nippes de laine, le gros orteil paraît blanc et dur, on le dégèle avec une friction de neige.