Elles étaient quatre qui partirent un matin de printemps[52].

[52] 24 avril 1844.

On avait fait appel au sacrifice, spontanément elles s’étaient offertes.

Elles avaient abandonné le monde pour vivre, dans le calme, des jours de prière et de foi.

Solitude du couvent, paix de l’esprit et du cœur, allégresse d’être la servante humiliée du Seigneur, joie de contempler sa Face adorable dans le silence obsédant de la chapelle où la veilleuse agrandit les ombres ; être toute faiblesse devant le Tout-Puissant ; à force d’abnégation, atteindre le sublime et ne pas le savoir, avoir tué l’orgueil, la beauté, le désir ; être une petite chose sans nom dans le troupeau confus des brebis du Pasteur, être toute vertu et toute obéissance, ne voir le ciel qu’à travers la cime des arbres ; et quand le soir descend, dans le jardin, retrouver son enfance joueuse.

Prier, à l’aube, pour ceux qui souffrent, prier, à la lumière du soleil, pour les âmes dans la peine, prier, quand le soir vient, pour ceux qui ont péché pendant ce jour.

Tournée vers la lumière, chercher le Dieu secourable qui remet les offenses et le trouver toujours miséricordieux.

N’être qu’une femme et demander pour soi tout le poids de nos fautes.

Elles étaient quatre qui partirent, un matin de printemps parce qu’un vieil évêque était venu frapper à la porte du couvent.

Il avait parcouru des contrées inconnues, il avait vu la misère des hommes.