A l’ombre de la croix, il y a des ombres qui se meuvent.

Ce n’est pas l’ombre de ceux que le Christ appela, après une nuit de prière, sur la montagne sainte.

Ce n’est pas Simon qui fut nommé Céphas, ni André, le pécheur de Bethsaïde, ni Jean, fils de Zébédée, ni Barthélémy que les prêtres des idoles arméniennes écorchèrent vif, ni Simon le Chananéen, ni Jude, ni Thomas, ni Jacques, ni Mathieu. Ce n’est pas Judas qui déjà portait dans son cœur le serpent d’envie.

Non, ce ne sont pas ceux qui « se tenaient debout tous ensemble sous le portique de Salomon » et qu’une multitude entourait, longue théorie montant vers le Temple de Jérusalem pour les voir et les entendre.

Non, non, ceux qui se trouvent à l’ombre de la Croix, ce sont les serviteurs fidèles, les cœurs naïfs et dévoués, les humbles et les chastes qui vivent une vie de labeur sans gloire, obscurément, et qui, après une rude journée, mourront dans la paix du Seigneur « parce qu’ils ont tout quitté pour le suivre sur les routes du monde, par amour pour lui ».

Ce sont ceux qui, ayant purifié leur âme, aident l’oblat à porter sa misère dans les régions les plus ingrates.

Aux heures de tristesse, ce sont les compagnons, les confidents, les amis, les frères.

Ce sont les apôtres inconnus qui marchent à côté des Porteurs de lumière ; ils n’ont pas l’éclat, mais ils ont la sérénité.

Ce sont des ombres qui se meuvent à l’ombre de la Croix.

Le Père a tout abandonné. Il est parti « orné de sa science et de son sacerdoce » pour glaner les âmes dans les champs infinis de l’incrédulité ; aux jours de la moisson, il nouera les épis en gerbe pour les offrir à Celui qui console et qui absout.