Ils ont quitté la douce France ou les rives du Saint-Laurent pour vivre une vie de peine ; l’hiver arctique pèse sur leurs âmes, mais la désespérance n’entre pas. Tout les émeut, tous les console, un noël chanté par des voix enfantines devant une crèche qu’ils ont édifiée.

Tendrement ils ont façonné les personnages de la plus belle histoire du monde. D’un couteau naïf ils ont taillé l’âne et le bœuf, leurs doigts ont semé des étoiles sur le manteau de la Vierge ; est-ce parce que Joseph était charpentier qu’il a une barbe de copeaux ? Et voici les Rois, porteurs de myrrhe, et les bergers vêtus de peaux, et les chiens au regard fidèle.

Ces cantiques en montagnais que les orphelins chantent, ce sont eux qui patiemment les leur ont appris.

Tout est liesse et joie dans l’éternel dénûment où ils se trouvent.

C’est la voix du Frère Rio, qui monte dans les gorges de la rivière Nelson et qui chante, pour oublier sa peine, l’Ave Maris Stella, de Sainte-Anne-d’Auray, mais le rapide happe la frêle embarcation et le bouillonnement des eaux arrête la chanson.

La mort qui les guette les abat sur la route, en pleine activité, en pleine force, en plein travail.

La fatigue ne compte guère, la fièvre importe peu ; n’est-ce pas, frère Ancel, qui grelottant êtes tombé sur la neige pour vous relever dans un suprême effort et pour mourir ?

Frère Kearney, qui dira votre vie d’abnégation et de souffrances quotidiennes, vous qui avez conduit le Père Petitot de Simpson à Good Hope, au delà du Cercle Polaire, vous qui, perdu, à genoux dans la neige, avez invoqué le nom de Mgr de Mazenod et qui avez été entendu, filiation des âmes qu’un même amour a pétri ?

A Notre-Dame de Bonne Espérance, le Père Grollier qui n’avait vu personne depuis deux ans, s’écrie en vous apercevant :

— Dieu nous aime !