Je vais partir, je suis parti, je laisse derrière moi des cœurs fidèles. Combien de fois suis-je parti ainsi ?
La sirène des paquebots gémit et pleure, la mer drosse le chalutier, le rivage s’estompe, des arbres, une ligne floue qui s’affaisse et disparaît et l’on est seul entre le ciel et l’eau.
Regrets d’Islande, nuit profonde qui agrandissait le ciel groënlandais, adieux sobres au pays de l’or.
— Bon voyage, garçon. Evitez les mauvaises rencontres.
Et déjà la porte du bar est close. La nappe de lumière crue s’est repliée brusquement.
Je suis seul dans le gel et dans les ténèbres, comme à présent. Mais, ce soir, plus que jamais mon âme est en peine, pourquoi ?
N’ai-je pas maintes fois abandonné bien des désirs aux ronces des chemins comme les brebis des lambeaux de leur laine ? Combien d’images se sont effacées de mon cœur que j’avais gardées longtemps au fond de mes prunelles ?
Ces boqueteaux de sapins, ces maigres saules, vision accoutumée. Je les ai déjà vus sur les pistes de Last Chance. Cette eau figée, est-ce la Porcupine, la Rivière Plumée, le Yukon qui miroitent, prisonniers des glaces pour huit mois ?
Les douze soleils passeront. Après le soleil où le soleil est sous la terre, viendra le soleil où les chiens se chauffent et le soleil de la débâcle et le soleil où les oiseaux muent.
Ainsi revient au cœur des hommes le printemps qu’on croyait disparu.