Petit cousin de Mgr Grandin, il le suivit au Canada. Il avait vingt ans, depuis il ne s’est jamais arrêté. Mgr Taché l’ordonna prêtre le 3 mai 1862. Le 8 juin, il partait pour le lac Athabaska, le 2 août il arrivait à la Nativité. Le 18 octobre, il recevait les bulles le nommant évêque titulaire d’Ibora et vicaire apostolique d’Athabaska-Mackenzie.
Son livre Soixante ans d’apostolat est la plus vivante expression de ce que peut faire la volonté d’un homme qui a voué sa vie à la gloire de Dieu.
Mgr Grouard est l’âme de cette terre nord-canadienne qu’il a parcourue en tous sens, défrichant les forêts, traçant des routes, amenant sur les fleuves le premier bateau à vapeur, faisant tourner le premier moulin.
Tous les Indiens sont ses enfants. Ils le vénèrent, ils l’admirent. Ils l’appellent : Yaltri-bé-da-ra-shlan, le priant à la belle barbe. (Mot à mot : yaltri, le priant ; bé, son ; da, menton ; ra, poil ; shlan, il y en a beaucoup.)
A quatre-vingt-cinq ans, je l’ai vu aussi intrépide, aussi ardent que jamais, parcourant son immense diocèse en raquettes, en traîneau, sur son cheval « Bidet », ou en canot, il est partout et partout il apporte avec lui les mots qui consolent et l’espérance qui élève les cœurs.
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Mgr Pascal. — Albert Pascal, 1848-1920, né à Saint-Genest-de-Beauzon (Ardèche). Mgr Clut passait, il le suivit.
C’est lui qui resta de 1875 à 1881 à Notre-Dame des Sept Douleurs seul au milieu des Indiens aux mœurs les plus dissolues, c’est lui qui a écrit : « La solitude sera toujours ici, mais je chante, je chante. »
Le démon des espaces vides le hantait. « Un jour, dit-il, l’isolement dans lequel j’étais plongé, se fit sentir d’une manière écrasante. Tout devint si sombre pour moi, que l’âme pleine d’angoisse et n’en pouvant plus, j’allai me prosterner dans la petite chapelle. Là, la tête appuyée sur l’autel, absolument seul avec Jésus vivant pour moi dans cette étroite prison, je lui parlai comme un ami à son ami ; je lui confiai mes troubles, mes lassitudes, mes tristesses. »
Mais l’accablement ne dure pas. Dieu lui apporte ses consolations et l’Oblat se relève « fort comme un lion ».