La voix du Père chevrote un peu, et dans ses yeux une buée monte.
Je cherche un mot affectueux et tendre sans le trouver. Je lui prends la main et nous communions, tous deux, dans la pensée de la France lointaine.
Il se reprend :
— Après les Chansons, la Prière, la prière dite en commun comme autrefois aussi.
Et le Père s’endort dans un coin, roulé dans sa couverture.
Le lendemain, il part… et voilà l’histoire du sergent, pardon, du Père Dréau. C’est bien à lui que l’on doit la réussite de la colonisation dans le district de Grouard.
Il a souffert les maux coutumiers. Il faut toujours se répéter : le froid, la faim, la fatigue… et l’ingratitude des hommes.
Mais il va toujours et c’est pourquoi Falher est une belle paroisse française, avec une belle église « en brique », mon ami, la seule du vicariat. C’est l’œuvre d’aujourd’hui, demain nous ferons mieux.
La vie ici est une longue espérance.
Le Père Falher se tait. Je respecte son silence et nous marchons, côte à côte, pendant quelques instants.