Mais la tendresse maternelle, invisible et présente, exalte son âme qui se reprend.
Il est de la race des premiers conquérants, en lui revivent de la Vérendrye, le découvreur de l’ouest canadien, du lac Supérieur aux Rocheuses, qui donna à la France un pays merveilleux[7] ; Pierre Boucher de Boucherville, qui défendit Trois-Rivières contre les Iroquois[8] et vint à Versailles porter au Roi-Soleil les doléances de ceux qui vivaient en Canada ; et la Sainte Mère d’Youville, qui était toute amour et toute charité. Comment n’être pas fier d’une telle lignée ?
[7] Huit fois la superficie de la France.
[8] En 1651.
Il est né de cette famille canadienne-française, dont les mœurs patriarcales sont une bénédiction de Dieu qui, établie sur une glèbe en friche, à force de labeur et d’opiniâtreté, a su imposer le respect et forcer l’admiration du monde.
On l’a choisi, lui, l’humble serviteur de Marie. Il faut donc qu’il aille, par tous les chemins, chercher la brebis égarée, ramener le troupeau épars.
Il est le pasteur de ces âmes, proies du Malin, qu’il faut éveiller à la Foi. Il faut arracher l’ivraie et le pur froment germera. Il est sûr que la récolte sera généreuse, cette terre que foule le sabot des chevaux est nourricière, elle est grasse, depuis des milliers d’années un riche humus la féconde.
Demain, elle enfantera prodigieusement dans la splendeur du renouveau. Alors qu’importe la souffrance d’une heure !
Un galop chasse les mauvaises pensées. Et bientôt le brouillard se fond, la pluie cesse, là-bas, c’est le repos, là-bas, c’est l’oasis.
Le vent courbe la cime des peupliers dont le feuillage argenté frissonne sur les rives de la Rivière-aux-Castors.