De Vogulm à Akureyri, trente kilomètres au juger, trente kilomètres dont vingt-cinq d’escalade.
On grimpe en zigzag, effarouchant les brebis que des paysans à cheval ramènent. Du haut du mont, on aperçoit Akureyri. La ville est rangée le long de la rive gauche du fjord. Il y a des maisons, de vraies maisons en ciment et en pierre, et des bateaux dont les cheminées mettent des panaches dans l’air bleu.
Une joie enfantine m’étreint : au sortir de l’enfer, c’est un paradis riant qui s’offre à mes yeux déshabitués.
Des maisons, des bateaux… un canot automobile glisse sur l’eau nette du fjord ; son teuf… teuf… teuf… se répercute et m’arrive, distinct. C’est la pulsation qui bat au poignet de la vie.
Allons, hop ! pressons… Mais la descente est rude. Il a plu la nuit, le sentier est un infect cloaque, les pattes des poneys sont gantées de boue gluante.
Dans l’eau salée, les chevaux ont bu à longs traits, narines dilatées, mufle retroussé.
Puis ils ont mangé les algues que le courant apporte sur la rive.
Après quoi, ils sont entrés dans l’eau pour effacer les souillures de la terre. Ils sont ressortis propres et nets. Alors, de leurs dents longues, ils ont peigné, l’un l’autre, leurs crinières.
Puis ils ont joué à se rouler sur les galets.