Le pied de l’appareil sous le bras, l’appareil sur le dos, j’escalade les rochers ; une heure après, j’ai au-dessous de moi un panorama unique.
Le Lagarfljot ici est immense. Deux kilomètres séparent les deux rives. Il coule, large, impétueux, dans un décor sauvage fait de roches éruptives, noires, coiffées de neiges éternelles.
A la place où je suis, je vois la trace certaine, indiscutable, de la descente des glaciers.
Le Vatnajokul, aux premiers âges du monde, emplissait la vallée.
Sous une poussée irrésistible, les glaces se sont mises en mouvement du sud au nord ; elles ont lentement, sûrement, creusé leur route vers la grande mer libératrice. Aujourd’hui, le fleuve descend de l’immense réservoir qu’est le Vatnajokul (Vatna : eau ; jokul : glacier).
Trois heures après-midi. Nous reprenons notre marche, accompagnés des deux fils de notre hôte.
Nous suivons la rive gauche du fleuve aux eaux couleur d’absinthe. Parfois, il creuse des criques où les vagues clapotent ; parfois, il reçoit des torrents qu’il faut traverser à la nage.
Les poneys habitués à ce genre de sport reniflent, boivent à longs traits, puis bravement se jettent à l’eau.
La sensation la plus désagréable est lorsque l’eau entre dans les chaussures ; ensuite, on s’habitue.