Fourou, où je veux me diriger, afin de me rapprocher de Tengréla, est éloigné de quatre à cinq jours de marche pour les ânes. En route, il me sera impossible de trouver quoi que ce soit.
Mes besoins sont cependant minimes : mes hommes et moi nous nous contentons de 2 kil. 500 de riz (250 grammes par jour). Voilà plus d’un mois que personne n’a mangé de viande. Les femmes de l’almamy m’ont donné un jour une épaule de mouton ; de temps à autre, Diawé, qui va chasser deux fois par jour, me tue une tourterelle ou un youyou (sorte de perruche), car il n’y a ici ni perdrix, ni pintades.
Lundi 24 octobre. — Deux femmes du village auxquelles, hier, j’ai fait voir du corail, m’ont dit qu’elles m’apporteraient ce matin de bonne heure deux grandes calebasses de fonio pour acheter chacune un collier.
Deux femmes du village apportent deux grandes calebasses.
Avant le jour elles me les ont apportées ; me voilà donc en possession de quatre jours de vivres (environ 12 kilos de fonio) ; c’est avec cela que je vais essayer de gagner un centre où il me sera possible de subsister. Dans la journée, vers quatre heures, je suis allé rendre visite aux femmes de l’almamy et leur ai parlé de mon départ pour Fourou. A la même heure un de mes hommes faisait main basse sur la pirogue du Baniégué et mes hommes commençaient le passage des bagages. Les femmes, le vieux Bénokho, le kéniélala des femmes de l’almamy vinrent me trouver à plusieurs reprises pour me faire changer d’avis ; si je restais, disait la femme de l’almamy, qui a l’air d’avoir le pas sur les autres, elles me donneraient trois bœufs, trente foufou de riz et deux captives pour me marier. Sauf ce dernier article, il leur serait impossible de tenir ce qu’elles me promettaient, car elles manquent de tout.
Le vieux Bénokho et son neveu Makhanian, dont j’avais gagné l’amitié, vinrent me trouver à la nuit tombante et me tinrent à peu près le langage suivant : « Nous sommes bien peinés de te voir partir, car il va nous arriver malheur, l’almamy va peut-être nous couper le cou, tu es notre ami et je ne puis te donner un guide, ni te prêter ma pirogue, qui serait bien loin maintenant si tu ne l’avais pas prise de force. »
Ruines de Kouloussa.
Ma résolution était bien prise : il me fallait à tout prix quitter et aller de l’avant. Samory ne s’occupait pas de moi, il ne fallait donc compter que sur moi-même. J’allai coucher sur l’autre rive du Baniégué après avoir écrit la lettre suivante à l’almamy :