Dans la soirée, Diawé a été piqué par un scorpion ; cette piqûre lui occasionne une forte fièvre. Le chasseur qui nous a accompagnés va sur-le-champ aux environs cueillir des feuilles qu’il mâche et applique sur la plaie ; bientôt il se produit un mieux sensible. Je n’ai pas le bonheur de connaître cette précieuse plante ; malheureusement le chasseur n’en a emporté que deux, qu’il a mâchées, et il ne m’a pas été possible de lui en arracher le nom.

Mardi 29 mai. — Ce matin, Diawé se trouve tout à fait remis ; nous quittons Baporo, et bientôt nous traversons un terrain rempli de quartz ferrugineux que les indigènes lavent et d’où ils tirent de l’or. Il existe ici tout un bassin aurifère qui commence sur le versant est des collines de Bangassi pour s’étendre jusqu’à Baporo et Lava, mais il n’est exploité que par les Niéniégué de Dousi et de Bangassi, et les Nonouma de Baporo et de Poura. Au dire des gens que j’ai interrogés, le rendement est, paraît-il, plus grand que dans le Lobi ; malheureusement, les gisements sont assez éloignés du fleuve pour que les indigènes renoncent à s’y pourvoir d’eau pour effectuer le lavage.

Il ne me paraît cependant pas difficile d’y amener de l’eau du fleuve en grande quantité ou au moins d’y creuser des puits, mais les indigènes sont trop apathiques, la moindre difficulté les arrête et les décourage, de sorte que l’exploitation de l’or par ici est peu rémunératrice. Cette population a aussi la réputation de ne pas savoir laver comme celle du Lobi[95]. La couleur de cet or est d’un beau jaune et les pépites généralement plus grosses que celles du Lobi. J’en ai vu un échantillon à Ouahabou, mais, à mon grand regret, je n’ai pu l’acheter : le possesseur, pour des raisons que j’ignore, ne voulant pas s’en défaire, même à un prix double de sa valeur. Il m’est, du reste, arrivé plusieurs fois pendant le cours de mon voyage que l’on m’offrait à acheter de l’or, mais toujours à un prix peu raisonnable (le double de sa valeur), l’indigène se faisant lui-même souvent voler par des marchands.

A mi-chemin de Lava et au moment de traverser un bas-fond plein de verdure, on me signale à environ 100 mètres en avant de nous la présence de quelques hommes armés se faufilant à travers la brousse. Isa les ayant reconnus pour des Mossi de Boromo, nous continuons à avancer et les laissons défiler sur notre flanc droit, l’arc bandé et les flèches à la main, prêts à tirer. Ils reconnurent à leur tour Isa et son frère et vinrent leur souhaiter bonne route. Comme je manifestais mon étonnement de voir ces quatre voyageurs nous approcher avec tant de méfiance, Isa m’expliqua que jamais deux partis ne se rencontraient dans le Gourounsi sans respectivement se détourner du chemin par précaution et apprêter les armes. Quand on se connaît, on se serre la main ; dans le cas contraire, on continue sa route en surveillant ses derrières et ses flancs. Un peu plus tard, nous sommes croisés par deux autres Mossi qui prennent en effet les mêmes dispositions. Il est absolument de coutume de voyager ainsi dans le Gourounsi. Les habitants du Gourounsi en général et les Nonouma en particulier sont loin d’avoir une bonne réputation ; au dire de tous ceux que j’ai interrogés, ce pays est excessivement dangereux à traverser quand on n’est pas armé.

Sur les bords de la Volta Noire.

Lava, où nous passons la journée, est un petit village à demi abandonné. Les habitants nous reçoivent bien et leur vieux chef me donne un peu de mil, du tabac et un guide pour demain.

Mercredi 30 mai. — L’étape n’est que de deux heures de marche et j’aurais bien pu rallier la veille, malheureusement on ne voyage pas ici comme on veut, les renseignements font absolument défaut. Isa et son frère sont pleins de bonne volonté, mais entendent à peine le mandé et ont de la difficulté à se faire comprendre par les Nonouma, de sorte qu’il est difficile d’être bien informé.

Arrivé de bonne heure à Diabéré, je charge mes hommes de compléter nos provisions en mil et leur donne à cet effet quelques menus objets à vendre. Comme le village est presque abandonné, il offre peu de ressources et ne possède pas de cauries. Dans la soirée nous réussissons cependant à nous procurer du mil et du sorgho en procédant par échange direct et en donnant en payement des aiguilles, des hameçons et quelques perles dites rocaille bleue.

Diabéré ou Zabéré[96] est un village très curieux à visiter ; il se compose d’un village ordinaire et d’un village souterrain ; les rez-de-chaussée sont partout si bien enterrés et les ouvertures si bien dissimulées qu’il peut arriver de loger au premier sans le savoir. On entre dans le village souterrain par une seule ouverture visible, près de la case du chef de village, dans une rue centrale ; mais de toutes les cases on y pénètre par un trou rond de 50 centimètres de diamètre semblable aux bouches des monte-charges des navires de guerre. On peut communiquer partout souterrainement et il est facile de s’égarer dans ce dédale de chambres mal éclairées ne recevant qu’un jour douteux. Pour des noirs il doit être très difficile de s’emparer d’un village construit de cette façon et d’y faire prisonniers les habitants, surtout si ces derniers opposent une résistance énergique et se sont ménagé quelques issues bien dissimulées sur la campagne.