J’envoie encore quelques pièces d’étoffe à Boukary, qui vient lui-même me remercier ; il me prie, si jamais je revenais dans son pays, de lui rapporter une selle arabe avec deux housses, une en velours, l’autre en peau de caïman, et me recommande le mors et les chaînettes, qu’il désire en argent ; il serait également content de recevoir un burnous et un vêtement en soie noire brodé en lomas.

Sakhaboutenga[109] est une agglomération de nombreux petits villages qui s’étendent sur un espace de près de 4 kilomètres et comptent environ 3000 habitants. Le groupe où habite Isaka, ainsi que les groupes voisins et les environs de la mosquée, sont habités par des musulmans d’origine mandé, mais établis dans le Mossi depuis trop longtemps pour qu’ils aient conservé les traditions se rattachant à leur migration. Ils savent tous cependant qu’ils ne sont pas autochtones, quoiqu’ils soient tatoués comme les Mossi et qu’ils ne sachent plus parler que le mossi. Ils n’ont conservé de leur ancien pays que la selle mandé et la case ronde en terre couverte en paille qui est le style général de la case mandé.

Le marché, situé dans la partie nord du village, sur la route de Waghadougou, est environné de groupes de cases en paille habitées par des Mossi non musulmans, que nous pouvons, autant que nos connaissances nous le permettent, considérer jusqu’à nouvel ordre comme autochtones.

La bénédiction.

Jeudi 14 juin. — Isaka me met en route sur Waghadougou et me donne comme guide un jeune homme qui doit me conduire à un ancien élève d’Isaka, revenant de la Mecque. Isaka m’accompagne jusqu’au marché et fait une prière pour moi avant de me quitter.

Quoique le paysage soit uniforme, la route ne m’a pas paru trop monotone. On traverse presque d’heure en heure des groupes de villages ou des campements de culture autour desquels il règne quelque animation, car c’est l’époque des semailles. Les Mossi appellent ces campements de culture wouiri (ce qui est le même mot que ouéré, qui signifie, en poular et en mandé, « parc à bestiaux »). Après avoir dépassé un gros village de culture à 4 kilomètres de Sakhaboutenga, nous traversâmes successivement Lilspaka, Bonam, village abandonné, Goro, Kouapoukissé, Tènelili, plusieurs villages de culture. Nous fîmes étape à Saponé. Tous ces villages sont habités par des Mossi non musulmans. Le marché de Saponé, que nous avons traversé, est situé en pleine brousse, à environ 20 minutes de Saponé ; il comporte une série de hangars couverts en paille sous lesquels se tiennent marchands et acheteurs. Ces hangars seraient très bien conditionnés si les toits étaient plus hauts : il est impossible de circuler debout sous ces constructions.

Vendredi 15. — Comme nous étions trop éloignés de Waghadougou pour y arriver d’une seule traite, nous fîmes étape le matin à Tenganokho, après avoir traversé de nombreux villages de culture, laissé à l’ouest Tiéfakhé (grand village, marché), et traversé Bassemyam.

A Tenganokho, je trouvai un Peul qui m’offrit du lait et quelques autres provisions ; il nous apprit qu’en quittant le village à deux heures nous atteindrions avant la nuit Waghadougou, dont nous n’étions séparés que par un petit village nommé Nakhla.

En effet, le soir même, après une courte étape, nous atteignons le natenga[110] du Mossi. Le guide nous dirige sur l’habitation d’El-Hadj qui, assis sur une peau devant sa porte, ordonne de me conduire chez l’imam, qui reste à côté. Ce dernier, assis sur une sorte de couvercle rond en osier, au lieu de s’occuper de me trouver une installation, s’extasie avec ses amis sur mes chaussures, dont il croit les œillets en or. Voyant qu’il ne se lassait pas de cette contemplation, je crus prudent de lui rappeler que mes hommes et mes animaux étaient fatigués et que la nuit approchait. Après quelques ia sidda (il a raison), un des assistants me conduisit chez une veuve nommée Baouré, où avait logé Krauss lors de son passage.