L’imam, sur ces entrefaites, me fit faire connaissance avec un jeune homme de Baouér’a, nommé Isaka, qui m’offrit de me conduire dans son village et de me faire recommander successivement par les chefs de village jusqu’à Koumoullou. Le départ fut fixé au mercredi 25 juillet.

On éprouve de grandes difficultés à se renseigner sur les routes et les distances dans le Mossi. Les indigènes comptent des étapes prodigieuses, de 35 à 40 kilomètres, et ils ont la réputation de les faire. En réalité, en voyageant avec eux j’ai pu constater qu’ils marchaient comme tout le monde, et qu’en somme une étape de 25 à 28 kilomètres était une grosse étape, même pour les Mossi.

Beaucoup de villages de culture, même assez importants, n’ont pas de nom et sont simplement désignés sous le nom de wouiri. Ils se servent aussi souvent du mot tenkaï pour le désigner ; cette appellation veut dire : « Ce n’est pas une résidence de naba » (ten, résidence de naba ; kaï, pas). C’est le Tanguï que Barth a noté à profusion dans ses itinéraires par renseignements à travers le Mossi. Une autre erreur de Barth, c’est d’avoir fait une différence entre l’appellation Natenga et Waghadougou, qu’il a pris pour deux endroits différents. Natenga est un terme dont on se sert très souvent pour désigner Waghadougou ; il veut dire « capitale » ; c’est l’abréviation du mot naba tenga, « village du souverain ». Ce même voyageur a aussi souvent confondu la frontière d’un pays avec sa capitale. Ainsi il donne les itinéraires partant du Mossi vers le Yatenga ou le pays de Kong comme aboutissant à une ville nommée Yatenga[122] et à une autre nommée Kong, tandis que son itinéraire s’arrête, d’une part, à un centre qu’il nomme Yatenga et, d’autre part, aux frontières des États de Kong.


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Le peu de temps que j’ai passé dans le Mossi ne me permet pas de rapporter autant de renseignements que j’aurais voulu en recueillir sur ce pays.

J’ai été en outre très mal secondé comme interprète. L’explorateur venant de l’ouest se trouve moins bien favorisé sous ce rapport que celui qui viendrait du sud (Salaga ou tout autre point), en ce sens que l’on peut considérer le fleuve de Boromo (la Volta Rouge) comme la limite extrême des pays où l’on rencontre assez souvent des gens parlant le mandé, tandis que de Salaga au Mossi on peut se faire comprendre avec le haoussa, le mossi ou le foulbé.

En entrant dans le Gourounsi on se trouve en présence d’un autre groupe de langues et l’on n’y rencontre pas d’individus parlant le mandé. Il en est tout autrement quand on quitte Salaga. Là on peut trouver d’excellents auxiliaires auprès des Haoussa et des Mossi, de sorte qu’en entrant dans le Mossi on est déjà familiarisé avec cette langue. L’étude du mossi n’est cependant pas indispensable, car à peu près partout il y a des Haoussa et des gens du Bornou établis dans les villages un peu importants. Il suffirait donc, pour faire voyage utile de Salaga au Mossi, de savoir parler le haoussa, qui est une langue avec laquelle il est aisé de se familiariser, car on trouve en Europe d’excellents ouvrages sur le haoussa : Schœn, Barth, Leroux, Faidherbe, Tautain, etc.

Je tombais donc dans le Mossi sans interprète et sans savoir parler. Il fut encore très heureux de trouver à Waghadougou, parmi les hommes de Karamokho Mouktar qui y sont retenus prisonniers, un jeune homme du Dafina sachant s’exprimer en mossi et en mandé.

La situation difficile dans laquelle je me suis trouvé quand la défiance de Naba Sanom s’est manifestée à mon égard m’empêcha de faire beaucoup de progrès dans la géographie du Mossi. Vers la fin de mon séjour, cependant, je commençais à savoir m’exprimer suffisamment en mossi pour demander les choses indispensables ; j’ai réussi ainsi à noter plusieurs itinéraires et à me procurer les quelques renseignements que je donne ci-dessous.

Le Mossi ou pays de Mor’o, مُغوُ (mo, radical, nom du peuple ; r’o, affixe équivalant au ga ou ba du mandé qui veut dire, dans beaucoup de pays : gens de), est limité à l’ouest par le Gourounsi et le Kipirsi, dont nous avons déjà parlé.