Les Mossi savent travailler grossièrement le fer, le cuivre et l’argent ; ils connaissent la soudure, qu’ils tirent de Salaga. On fait aussi des babouches et quelques selles, mais il ne faudrait pas en conclure qu’on trouve ces objets tout confectionnés ; si vous avez besoin d’une selle, il faut commencer par acheter une ou deux peaux de mouton ou de chèvre, ou faire les avances en cauries à l’ouvrier. Peu à peu votre selle se confectionne et vous êtes servi au bout d’un mois quand on a fait diligence. Le mors se trouve ailleurs ; la bride, les étriers, chez un autre individu. C’est une laborieuse corvée que d’avoir à se procurer quelque chose chez les Mossi. Ces gens-là m’ont paru plus paresseux que les autres noirs en général ; ils saisissent le moindre prétexte pour chômer. Ces mots naïfs de Diawé le dépeignent bien : furieux de ne pas obtenir ce qu’il désirait, mon domestique se lamentait auprès de moi, et comme j’essayais de le calmer, il me répondit d’un air convaincu : « Tu as raison, jamais que moi qui miré paille comme ici : quand de l’eau qui tombe, tout qui halte ». Ce qui veut dire : « Jamais je n’ai vu de pays comme celui-ci : quand il pleut, rien ne va plus ».

La selle en usage est la selle mandé, mais on voit aussi la selle peule, dite selle du Macina et du Djilgodi. Je crois même qu’avant d’avoir adopté la selle mandé, ils ont connu la selle peule, car elle porte un nom peul : gari ; aujourd’hui la selle mandé est la plus commune. Quelques naba ont la selle songhay au dossier élevé, recouverte d’une housse élégamment capitonnée. Les étriers sont de la forme en usage dans le Haoussa, quelquefois ils se composent d’un simple anneau en fer qui est placé entre l’orteil et le doigt suivant.

Le commerce n’est pas plus prospère que l’industrie.

Le marché a lieu à Waghadougou tous les trois jours, comme partout dans le Mossi ; les autres jours il y a petit marché. Le grand marché ne diffère des autres que par le plus grand nombre de visiteurs et le vacarme qui s’y fait. Comme dans le Follona, il s’y débite du dolo, et, en plus, le marché sert de rendez-vous à tous les griots de la région — et ils ne manquent pas. S’ils ne récoltent que peu de cauries, ils ont la satisfaction (?) d’être ivres le soir. Autour des urnes à dolo il est impossible de placer une parole, tous ces instrumentistes jouant à la fois du lounga[136], du doudéga[137], du gangang-o[138] et du ouér’a[139].

Après le dolo, par ordre d’importance, viennent les aliments préparés : riz, lakh-lalo, niomies, beignets de haricots, etc., puis les grains, mil, sorgho, riz, haricots, le savon, le beurre de cé, les condiments, un peu de sel, des kola. On y trouve aussi de petits lots de médicaments de charlatan contre la lèpre, les ophtalmies, le ver de Guinée, la maladie du sommeil, ainsi que des préparations érotiques, puis des chapeaux, des nattes, des paniers, de la viande, etc.

Mais ce que l’on trouve surtout en abondance sur les marchés du Mossi, c’est le kalgou, fabriqué avec les fruits du néré ou netté.

Le néré ou netté, Parkia biglobosa, est une très belle mimosée ; l’arbre atteint 10 à 15 mètres de hauteur dans le Mossi. Quand l’arbre fleurit, il est très curieux à voir : ses fleurs ressemblent à de beaux pompons d’un rouge écarlate.

Ses fruits sont des gousses étroites, longues de 20 à 40 centimètres, généralement disposées par grappes de cinq ou six gousses.

Elles renferment une pulpe farineuse jaune qui sert d’aliment et de boisson, et des graines.

C’est avec les graines que l’on fabrique la sauce dite soumbala en mandé, ou kalgou en mossi.