2o Après le karfo, je citerai une autre coussabe, qu’on nomme noufa, également de provenance de Kano. Ce vêtement est confectionné en tissu teint à l’indigo, rayé de blanc ; de loin le dessin paraît gris, il est richement orné, sur le devant et dans le dos, de lomas brodés en soie blanche indigène. Le prix de ce vêtement varie entre 35000 et 50000 cauries, suivant la qualité de l’étoffe, les broderies étant toujours les mêmes.

3o Vient ensuite le pantalon ou culotte longue en noufa brodé et soutaché en soie verte ou rouge. Il vaut ici de 20000 à 30000 cauries.

4o Une jolie couverture rayée de bleu de diverses nuances, bien confectionnée, avec de très belles teintes ; elle se fabrique en deux ou trois largeurs de 60 centimètres chacune, et vaut 12000 cauries en deux largeurs et 15 à 18000 en trois.

Les Haoussa sont des gens très adroits et industrieux. Ces tissus sont relativement à bon marché, quand on songe au temps que met un noir à la confection de semblables effets. Ce qui m’a paru intéressant, c’est de voir que les Haoussa savent produire des tissus de 60 centimètres de largeur, tandis qu’à Kong même et à Djenné les largeurs maxima sont de 20 centimètres seulement. Toutes ces étoffes sont pliées avec goût et très uniformément, elles sont en outre emballées dans du papier et ficelées.

J’ai réussi, avec beaucoup de peine et à force de patience, à me procurer des échantillons de ces divers tissus et vêtements, ne sachant pas si j’irais ou non à Salaga.

Il n’y a pas beaucoup de ces étoffes dans le Mossi ; les mouvements vers Salaga sont momentanément suspendus à cause des cultures, et, d’autre part, il m’est très difficile de me procurer des cauries. Je comptais beaucoup sur mes étoffes rouges de Kong, mais je n’ai pu m’en défaire que d’une partie, avec un bénéfice de 2 à 3000 cauries seulement par pièce. J’ai réussi aussi à me procurer des cauries avec du cuivre en barres, du bleu en sachets, un peu de corail à bon marché, de l’étoffe rouge pour bonnets et servant à recouvrir des gris-gris, quelques turbans à bon marché, du velours pour bonnets, un peu de coutellerie et des glaces. Comme je l’ai dit plus haut, la femme, qui ailleurs achète tant d’objets d’Europe pour se parer, ne peut s’en procurer que rarement dans le Mossi, de sorte que ce n’est qu’avec les plus grandes difficultés qu’on arrive à vendre quelques articles pour femmes.

Les Mossi ont la réputation d’être d’excellents tireurs d’arc ; leur arme est certainement la mieux conditionnée que j’aie vue jusqu’à présent. Encore actuellement ils ont fort peu de fusils. L’entourage des naba seul possède des armes à feu. La plupart d’entre elles sont de fabrication française (arme réglementaire à silex), modèle 1822, marquées Pellekerin, B... et Cie (maison de Saint-Louis).

Le Mossi est maintenant un pays engourdi, qui s’est laissé dépasser en civilisation par tous les peuples voisins qui l’environnent. Le Djenné, le Yatenga, le Macina, le Djilgodi, le Haoussa, le Dagomba, le Kong sont tous beaucoup plus avancés et plus prospères que le Mossi. Favorisés par la nature, qui leur offre un territoire presque en entier propre à la culture, les Mossi se reposent, cultivent ce qui leur est nécessaire pour vivre, mais pas plus, de sorte que, s’il n’y a pas de malheureux dans ce pays, on peut dire qu’il n’y a pas non plus de gens riches. Tout le monde vivote, pour me servir d’une expression vulgaire, mais qui peint bien la situation.

Ce pays pourrait être riche, sa population est très dense (environ 20 habitants par kilomètre carré). On peut dire qu’à part l’élevage des ânes et du bétail, le Mossi ne produit pas grand’chose. Il est tributaire de ses voisins pour tout, le commerce y est à peu près nul, ses habitants sont apathiques au dernier degré.

Ils n’ont presque pas de relations avec le Djilgodi et le Libtako, et Salaga est bien négligé.