Gandiari, après avoir sondé les musulmans de Gambakha et de Oual-Oualé, acquit la certitude qu’il n’y avait rien à faire de ce côté. On lui donna le conseil de partir pour Karaga, le naba de ce village, assez puissant, ayant formé, avec Daboya et Kompongou, le projet de détruire deux ou trois villages du Gourounsi, frontières du Dagomba. Gandiari et Alfa Hainou se rendirent donc à Karaga. Possédant chacun un cheval, ils furent agréés avec enthousiasme par le naba, et l’expédition fut organisée avec le concours des gens de Daboya.
Les Gourounga ne possèdent ni chevaux ni fusils, aussi furent-ils promptement réduits et la razzia de captifs fut considérable.
Une fois les quelques villages hostiles détruits, Daboya et Karaga considérèrent le but comme atteint et se retirèrent.
Sur ces entrefaites, plusieurs autres villages du Gourounsi firent des ouvertures aux chefs de colonne pour leur demander de les aider contre des villages voisins. Gandiari n’eut pas de peine à retenir quelques gens armés de Daboya et de Karaga, qui formèrent avec des Songhay Zaberma le noyau de sa future armée.
Un ou deux succès faciles et la quantité de captifs qu’il razziait lui valurent bientôt une réputation telle, que de toute part il lui arriva des forces, constituées naturellement par des aventuriers d’origines mossi, dagomba, gondja, gottogo, puis des Mandé de tous les pays et des gens venant du Yorouba, mais principalement des habitants de Oua et de Bouna. Au fur et à mesure que les succès de Gandiari grandissaient, il lui arrivait des Songhay ; actuellement ils sont les plus nombreux.
A la mort d’Alfa Hainou, Gandiari prit un nommé Babotou comme lieutenant, et quand Gandiari lui-même mourut[142], il y a trois ans, Babotou lui succéda en prenant pour auxiliaire un nommé Isaka, dont je ne connais pas la nationalité.
Le souvenir que Gandiari a laissé est tellement vivace encore, que partout on désigne ses troupes par son nom : jamais personne ne se douterait qu’il est mort depuis si longtemps ; je crois même qu’il y a beaucoup de noirs qui l’ignorent.
A l’heure actuelle, Babotou est maître de tous les pays qui limitent le Mossi au sud et au sud-ouest. Le dernier centre de résistance du Gourounsi était le gros village de Sati, situé à trois étapes au sud de Ladio. Ce village pris, Moussa, son chef, fut décapité, et Sati est pour ainsi dire la capitale des pays conquis et le centre de rayonnement des colonnes qui vont piller. Sati est appelé par les Haoussa Camp de Gandiari, « Sansanné Gandiari ».
Babotou se lassera évidemment d’envoyer des cadeaux en captifs à Naba Sanom, et sous peu il deviendra pour lui un ami gênant.
Cependant ce dernier ne voit pas la situation, c’est un revenu en captifs que lui sert momentanément l’autre. Bien mieux que cela, il est assez aveugle pour convier Babotou à venir s’emparer de Lalé, gros village situé sur la frontière du Kipirsi (à une journée de marche de Waghadougou), devant lequel une attaque des Mossi, mal dirigée, a échoué.