Demba, un de mes captifs libérés, est né dans le Toma et ne l’a quitté qu’il y a cinq ans. Cet homme m’a dit que jamais son pays n’avait été attaqué par Samory, mais que les siens, de crainte de subir le même sort que le Toukoro, avaient reconnu son autorité.

Interrogé sur Mousardou, visitée par Benj. Anderson, et sur Médina, autre grande ville signalée par l’explorateur libérien, il a dit qu’il en avait entendu parler souvent et que ces villes se trouvaient à huit jours de marche dans l’est du Toma. Toujours d’après mon captif, le Toma ne produit exclusivement que des palmiers à huile, des bananes et des ignames, pas de graines.

Ce qui m’a confirmé que Demba me disait la vérité, c’est qu’il n’a jamais mangé ni mil ni graines ; il vivait exclusivement de patates et d’ignames sauvages. Il y a aussi des kolas dans le Toma, mais peu.

La limite du palmier à huile dans cette région est indiquée par Benj. Anderson par 8° 25′ de latitude nord ; le Toma se trouve donc à peu près par cette latitude.

Les Toma parlent un dialecte mandé qu’il est très difficile de comprendre et de prononcer. Koëlle, dans sa Polyglotta, en a rapporté un vocabulaire. Demba, mon domestique, savait à peine se faire comprendre en mandé ; il m’a été impossible d’en obtenir les éléments nécessaires à une étude de cette langue.

Cet homme était du reste d’une intelligence au-dessous de la moyenne chez les noirs, et j’ai dû m’en séparer à Bammako en le confiant au commissaire de police, qui a en vain essayé d’en faire son domestique.

Pendant notre route de Médine à Bammako, le pauvre garçon a fait la joie de tout mon personnel, auquel il servait de bouffon. Son étrange expression de visage, son langage que l’on comprenait peu ou point, et son corps tout entier tatoué d’écailles, en faisaient un être qui prêtait à rire malgré toute la pitié qu’il inspirait.

Je me souviendrai toujours de mon passage à Badoumbé (Soudan français), où je restai deux jours à faire soigner quelques ânes malades. Dans ce poste, Demba se livrait journellement à une pantomime qui ne laissait d’intriguer ce brave camarade Champmartin, lieutenant d’infanterie de marine, commandant du poste.

Nous n’y comprenions rien ni l’un ni l’autre, lorsqu’un matin Demba prit Champmartin par sa vareuse et lui montra un chien bien gras et potelé en lui faisant comprendre qu’il voudrait bien le manger. Comme cette bête n’avait pas de maître bien attitré, Champmartin la lui donna, et pendant vingt-quatre heures Demba s’employa à le faire griller et à s’en régaler. Bien souvent, dans la suite, quand je le réprimandais tout doucement, Demba, presque avec des larmes dans la voix, me parlait de Badoumbé.

Il avait voué une éternelle amitié à Champmartin, pour... le chien.