Jeudi 24 janvier. — Le pays de Kong est séparé du Djimini par une zone inhabitée de 25 kilomètres de profondeur, coupée par une petite rivière de 7 à 8 mètres de largeur nommée Kenguéné, qui sert de frontière entre les deux États. Pendant cette marche j’ai observé plusieurs soulèvements de grès ou de granit de 30 à 50 mètres de relief environ, et, vers le sud, un autre groupe de collines peu élevées. D’après leur orientation, ces petites boursouflures et poussées semblent se rattacher au système du pic des Kommono, auquel elles se relient par les hauteurs de Gouroué-Gaouy-Samata.

Tout près de Ouandarama, il y a du splendide granit bleu, qui émerge des deux côtés de la route, ce qui force les habitants à étendre leurs cultures assez loin.

A Ouandarama, notre logeur, un brave musulman nommé Karamokho Sirifé, nous fit admirablement recevoir par Péminian, chef des trois villages qui constituent Ouandarama ; il nous donna des poulets et plusieurs charges d’ignames et refusa absolument de nous laisser quitter son village le lendemain.

Les trois groupes qui forment Ouandarama sont respectivement habités par des Mandé-Dioula, des Mandé-Ligouy (Veï), que l’on appelle ici Kalo-Dioula, et enfin par les autochtones, ou plus anciens occupants, les Kipirri. Ces derniers ne sont qu’une fraction des Siène-ré, comme je l’ai de suite constaté, beaucoup de femmes ayant la lèvre supérieure percée, et les jeunes gens portant des plumes blanches dans les cheveux. Par la forme de leurs briquettes et leur façon de construire les cases rondes, par leur tatouage, la variété de leurs bœufs et surtout l’idiome qu’ils parlent, ils sont plutôt à rattacher aux Siène-ré du Follona, qui diffèrent assez sensiblement des Siène-ré du Kénédougou, du Pomporo et du Mienka.

Péminian était frappé de ce que je saisissais une partie de sa conversation avec un de ses amis, mais lorsque je lui eus expliqué que j’avais traversé le territoire d’un peuple qui parle leur langue et qui se trouve dans l’ouest, il me raconta avoir déjà entendu dire par des vieux qu’il existait des gens de leur race dans l’ouest, mais il ignorait si ses ancêtres sont venus de l’ouest ou si ce sont les Follona qui ont émigré du Djimini vers le Kénédougou.

Il est plus simple de supposer que quand les Tagoua sont venus se fixer dans le Tagouano, la poussée qu’ils ont produite a séparé les Siène-ré en deux tronçons, dont le moins important a été rejeté dans le Djimini. Les Kipirri ont un village très propre et des cases en fort bon état. On peut en dire autant des Mandé-Dioula et des Ligouy, qui font tous les deux usage de constructions rectangulaires à toit en chaume. L’ensemble de ces villages ne laisse que le regret de n’y rencontrer aucune physionomie féminine passable. J’ai rarement vu le sexe faible aussi mal partagé que dans ce pays.

Ouandarama est très riche en bœufs ; ce n’est qu’un immense parc, dont j’estime le nombre à deux ou trois cents têtes de bétail.

Samedi 26 janvier. — Péminian, qui jouit d’une certaine influence dans cette partie du Djimini, nous donna un de ses captifs devant nous conduire à Domba Ouattara, chef du Djimini, nous recommander à lui de la part du chef de Kong, et le prier de nous faire conduire au chef de l’Anno ou Mangotou.

Précédés du guide, nous suivîmes pendant quelques kilomètres la route qui conduit dans le Diammara par Dabakala, autre village important du Djimini, puis nous nous dirigeâmes sur Koroniodougou et Kangransou, deux villages mandé très propres où l’on semblait s’occuper avec activité du tissage et de l’élevage du bétail, partout fort prospère. Nous fîmes ensuite une petite halte dans un village kipirri nommé Samasokhosou (« village des perceurs d’éléphants ! ») où le chef nous fit un cadeau de 200 cauries ! regrettant, disait-il, que nous ne vinssions pas lui demander l’hospitalité. De là à Dombasou il n’y a que deux petits villages à traverser.

Le village où réside Domba-Ouattara, chef du Djimini, est connu sous trois noms différents. On l’appelle indifféremment Dombasou, Dakhara ou Kaffoudougou.