J’ai complété mon travail topographique en reliant ma route aux points déjà connus par un réseau d’itinéraires par renseignements. Beaucoup d’entre eux offrent une grande exactitude. Relier deux points connus ne peut en effet donner que des erreurs de longueur d’étapes entre elles, mais la distance totale est toujours exacte.

La plupart de mes itinéraires ont été contrôlés dans des pays différents et dans des langues différentes. C’est précisément parce que j’ai voulu faire un travail consciencieux que l’on trouvera encore quelques blancs sur ma carte. J’ai supprimé les itinéraires qui m’ont paru tronqués en les contrôlant : il vaut mieux ne rien mettre que de charger un travail de données hypothétiques. C’est un mauvais service à rendre aux successeurs que de le charger d’inexactitudes, il s’en glisse déjà assez involontairement.

Quoique je rapporte plus de 50000 kilomètres de levés par renseignements, je ne suis pas aussi satisfait qu’on pourrait le croire : j’aurais voulu en rapporter beaucoup plus. Malheureusement je n’ai pas traversé souvent des centres intellectuels comparables à Djenné, Tombouctou, Kano, Sokoto, Kouka, etc., et à part la population de Kong, j’ai voyagé presque toujours chez des gens qui étaient peu ou point lettrés. Je n’ai rencontré que deux fois, dans ce long voyage, des hommes assez instruits et ayant des vues assez larges pour pouvoir leur avouer que mon voyage avait aussi un but géographique.

J’ai bien des fois envié Barth, qui, lui, a eu la bonne fortune de voyager souvent chez des peuples aussi civilisés et aussi instruits que ceux de Kong, ce qui lui a procuré la douce satisfaction de rapporter beaucoup de renseignements sur l’histoire des régions qu’il a visitées.

On m’a demandé pourquoi j’ai noté les noms de ruines. Outre l’intérêt historique que peuvent offrir ces noms, il y a l’intérêt géographique. Ils aident à retrouver des itinéraires et à les contrôler. Quand un indigène vous a donné un itinéraire, vous le reportez sur votre carte et vous vous apercevez qu’il recoupe un de vos itinéraires levés à la boussole ; mais où le recoupe-t-il ? Puisqu’il ne vous a pas cité de nom de village, c’est que le recoupement a peut-être lieu dans une ruine que l’indigène a oublié de vous citer. Dans ce cas on est bien heureux de la lui citer pour s’assurer qu’on ne se trompe pas.

On ne saurait croire combien la connaissance des langues est utile dans ces pays pour l’étude de la géographie ; je dirai même que pour faire de bonne besogne il faut connaître les étymologies de tous les termes géographiques.

Voici les principales :

Cours d’eau : en mandé ba, ko ; en haoussa goulbi.

Sur la rive : en mandé badara ; en haoussa baki n’goulbi.

Pays, contrée : en mandé dougou ; en mossi tenga.