M. Houdas a encore eu l’amabilité de nous donner la note ci-jointe, qui confirmerait bien que le tabac est, sinon originaire du Soudan, au moins qu’il y est connu depuis les temps reculés.

« A Koubacça, le [tabac sert] aussi de monnaie. Par une singulière homophonie avec le nom européen, les habitants du Dârfour l’appellent, dans leur langage, taba. Bien plus, ce nom de taba est commun dans tout le Soudan. Au Fezzan et à Tripoli de Barbarie, on l’appelle tabgha.

« J’ai lu une cassidah, ou pièce de vers, composée par un Bakride ou descendant de la famille du khalife Abou Bakr, afin de prouver que fumer n’est pas pécher. Ces vers, je crois, datent d’environ le milieu du IXe siècle de l’hégire. En voici quelques-uns :

« Dieu tout-puissant a fait sortir du sol de notre pays une plante dont le vrai nom est tabqha.

« Si quelqu’un, dans son ignorance, te soutient que cette plante est défendue, dis-lui : « Comment prouves-tu ce que tu avances ? Par quel verset du Coran ? »

« Le taba de Kouça, employé comme monnaie, est en forme d’entonnoir. On cueille les feuilles encore vertes, on les pile dans un mortier de bois jusqu’à les réduire en une masse pâteuse ; on en façonne alors des entonnoirs ou cônes vides que l’on fait sécher et qu’ensuite on met en circulation au marché. Ce taba a une odeur tellement forte, qu’en le flairant on éprouve parfois une sorte de vertige. Les cônes de tabac diffèrent de volume ; les grands sont comme de grosses poires, et les autres comme de petites poires. »

( Voyage au Dârfour, par le cheikh Mohammed ebn Omar el-Tounsy, traduit de l’arabe par le Dr Perron. Paris, MDCCCXLV. Pages 318 et 319.)

Le ficus, plusieurs variétés.
Le bananier (plusieurs variétés),importé des Antilles (?).
Les dattiers, importés de l’Afriqueseptentrionale.
Le cotonnier, importé d’Égypte.
Le ricin (plusieurs variétés),
à l’état spontané.
La pourguère (plusieurs variétés),
Le cocotier (importé desAntilles).
La patate (plusieurs variétés),
importés d’Amérique.
Le manioc (plusieurs variétés),
Le diabéré se voit aussidans certains villages à l’état isolé ; c’est une aroïdée, leColocasia esculenta, ou taro, de laNouvelle-Calédonie.
La pomme cannelle,





importés des Antilles et de l’Amérique par lesnégriers.
Le corrosol,
Le pommier d’acajou,
Le goyavier,
L’avocatier,
Le papayer,
Le gombo,

viennent à l’état spontané.
Le piment arbrisseau,
L’ananas (plusieurs variétés),
La tomate doit leur venir d’Amérique.Les petites tomates (tomates cerises) constituent une espèce biendistincte de la grosse tomate que nous cultivons en Europe.
Enfin, on trouve plusieurs variétésde champignons comestibles.

A toute cette nomenclature il convient d’ajouter les ressources qu’offrent l’arbre à beurre, le baobab, le néré (Parkia biglobosa), le bombax, le finsan, les palmiers, etc., l’arbre à kola, les lianes à caoutchouc, arbres desquels nous avons déjà entretenu le lecteur, ainsi qu’une cinquantaine de variétés de bois de construction et d’arbres à écorce de fibres qu’on peut utiliser comme textiles.

Après avoir lu une nomenclature de produits aussi riche que celle que nous donnons ci-dessus, il ne faut pas en conclure que dans tous les pays que j’ai parcourus on puisse se procurer aisément ces produits. Hélas ! non. L’état social des noirs, le peu de sécurité dans l’avenir et le manque de débouchés entretiennent l’inertie complète chez ces peuples.