Dans le Mampoursi, on désigne rarement les Haoussa sous le nom mossi de Zanwéto ; on les nomme, comme le font les Mandé, Marraba, Mallakha, et Marraka, ou Marrakha ; il est assez curieux de rapprocher ici la dénomination de Marka, que donnent les Mandé aux Sonninké.
C’est du mélange des langues de ces trois éléments qu’est né le dialecte dagomsa. Il se rattache certainement au groupe de langues dont fait partie le mossi, mais renferme d’autres termes, d’autres expressions, tout en conservant les mêmes constructions grammaticales. Comme dans la langue mossi, il y a de nombreux mots mandé ; mais en surplus des mots empruntés au haoussa il y a, comme dans le mossi, des expressions wolof. J’ai en particulier relevé les mots : tanga, chaud ; bobchi, chose de la tête, diadème ; de bob, tête en wolof ; mouss, chat ; pendé, pagne ; le radical gan (hôte), et ce qu’il y a de plus curieux, l’auxiliaire défa, avec l’a sourd qui est si souvent employé en wolof.
Il serait assez curieux de faire un rapprochement entre le mossi, le dagomsa et le wolof ; on arriverait peut-être, par une étude très approfondie de ces langues, à découvrir le berceau de cet intéressant peuple wolof, qui devait se trouver, il y a des siècles, à côté des Mossi et sûrement beaucoup plus à l’est que le Oualo et le Fouta actuel, qu’on leur assigne souvent comme pays d’origine. Ce qui tendrait à prouver que les Wolof habitaient plus à l’est, c’est qu’ils ont conservé jusqu’à nos jours l’expression dioulandé, pour désigner le sud. Dioulandé veut dire « pays des Dioula » ; or, comme les Mandé-Dioula n’ont fait irruption vers la côte qu’à une époque récente, et qu’il faut admettre que les peuples, même ceux qui ont une langue très pauvre en mots, ont de tout temps eu besoin de désigner les quatre points cardinaux, on peut en déduire que les Wolof habitaient au nord des Mandé-Dioula. Et comme le berceau des Mandé-Dioula est dans la boucle du Niger, il s’ensuit que les Wolof y habitaient aussi.
Les Wolof ont du reste emprunté aux Mandé de nombreux mots se rattachant surtout aux habitations, aux cultures et aux produits du sol, quoique la langue wolof soit une des plus riches du Soudan. Il est en outre à remarquer que parmi tous les peuples que j’ai visités, je n’ai trouvé des couleurs de peau aussi foncées que celle des Wolof que chez les habitants de Oua, chez les Dagomba de l’ouest, vers Oua, et isolément chez quelques Mossi et Mandé-Dioula.
Mais revenons à notre population mampourga pour parler un peu des femmes et des enfants. J’ai constaté avec plaisir que la coutume barbare du tatouage tend à disparaître chez le sexe faible. On ne rencontre que fort peu de femmes défigurées. En revanche, elles ne se privent pas de se faire faire une incision en long, ou en oblique, sur le nez et les joues. Elles se font aussi des dessins en bleu sur le front et les joues. Je ne dirai pas que c’est beau, mais ce n’est pas trop laid, et au moins original.
Voici quelques-uns de ces tatouages.
Rafraîchir ces petits dessins pour qu’ils paraissent toujours bien foncés, constitue une sérieuse occupation pour la femme mampourga. Munie d’une petite glace, elle étend la couleur noire sur le tatouage avec une fine barbe de plume en forme de pinceau ; puis, en guise de vernis, elle passe là-dessus un pinceau beurré, ce qui donne une teinte très brillante. Ce noir est fourni par un arbuste nommé bourinké en mandé. Les femmes en calcinent le fruit et le pilent, en y mélangeant un peu d’eau de cendre. C’est de cet arbuste qu’on tire le charbon à poudre à fusil. Il est très répandu dans le pays. Partout il constitue la flore rabougrie des terrains ferrugineux, et ressemble par son bois et son fruit au gardénia sauvage, en compagnie duquel on le rencontre toujours.
Après chaque repas, la femme se teint en rouge la lèvre inférieure, de façon à faire croire qu’elle a mangé force kolas dans la journée : il faut supposer que c’est un charme de plus. Elle l’obtient en mâchant une tige d’un autre arbuste, nommé guénou en mandé. La femme dagomba ou mampourga n’a pas une coiffure qui lui est propre ; elle arrange ses cheveux tout aussi bien en cimier qu’en petites tresses collantes, comme les Mandé et les Siène-ré, mais elle a un talent tout particulier pour se coiffer d’un bobchi, foulard ou tout autre morceau de calicot imprimé. Roulé négligemment autour de la tête, et un peu penché, ce petit turban est vraiment coquet. Les femmes âgées se coiffent aussi du madras, en s’enveloppant toute la tête comme les femmes haoussa. Pour vêtement de corps, c’est, comme un peu partout, le pagne de couleur et le langana (voile) des femmes dioula de Kong, dans lequel elles se drapent assez coquettement. On voit peu ou point de langana d’étoffe européenne ; ils sont tous en cotonnade rayée bleu et blanc, ou bleu, blanc et rouge, ou encore blanc et rouge. Ces étoffes sont fabriquées dans le Mampoursi ou le Dagomba, à l’aide de dix-sept bandes de 2 m. 50 chacune. Ce châle est nommé ici pakha kinkina (linge pour femme).
On voit ici des femmes et surtout des fillettes relativement jolies, surtout lorsqu’on vient du Mossi et du Gourounsi, où l’on n’est pas gâté sous ce rapport. Elles rappellent beaucoup le type mandé-dioula des filles de Kong.
Les enfants, portés dans le dos comme chez presque tous les Soudaniens, à l’exception des Mossi, sont assez bien soignés. Malheureusement, quelques mères ont adopté le système des Gourounga, dont j’ai déjà parlé, martyrisant les enfants sous prétexte de leur donner des soins de propreté.