Les animaux achetés au Mossi et les captifs de provenance du Gourounsi sont évacués sur Salaga, Kintampo et Daboya avec un bénéfice de 10000 à 15000 cauries par bœuf, 3000 à 4000 par mouton, une fois engraissé. Ce sont encore les captifs qui donnent le plus beau bénéfice : il n’est pas rare de voir réaliser 100 pour 100 sur des lots de choix, jeunes filles ou jeunes femmes. De Salaga, outre les kolas, on rapporte naturellement les perles, le corail, les foulards, étoffes imprimées, la coutellerie et un peu de poudre, marchandises faciles à écouler. L’eau-de-vie de traite (le gin) a fait ici son apparition, mais elle est bue en cachette : Oual-Oualé contenant une forte proportion de musulmans, l’individu qui boit le barasou est mis à l’index.
Comme après l’hivernage il y a beaucoup de Haoussa se rendant aux marchés à kolas, une partie d’entre eux — presque toujours les mêmes — afin d’écouler plus rapidement leurs étoffes et ouvrages en cuir, et se procurer quelques animaux de transport de plus, se détournent du chemin direct pour venir jusqu’ici. Les routes par le Gourma et le Boussangsi, peu sûres, ne sont pas très fréquentées. Les Haoussa préfèrent se rendre à Salaga par le Yorouba et le Noufa, Dandoui, Dendi et Yendi.
Oual-Oualé n’a pas non plus de relations avec Oua.
Il existe aussi un petit mouvement commercial entre Sansanné-Mango et Oual-Oualé. Sansanné est éloigné de dix jours de marche ; il vient de temps à autre un ou deux porteurs avec du soumbala et du tabac moulé en petits pains ou emballé dans un tissu de feuilles de rônier.
Le tabac qui vient de Sansanné-Mango est à très bon marché, environ 200 cauries le kilo, comme celui du Gourounsi, mais il est de qualité tout à fait inférieure ; cela tient probablement à sa préparation, qui laisse à désirer : il n’est pas fumable pour un Européen, même habitué aux tabacs du Soudan. Il se vend en navettes cannelées allongées, de 50 centimètres, du prix de 120 à 150 cauries, tandis que celui du Gourounsi se vend en pains plats ovales.
La culture du tabac à Sansanné-Mango semble avoir quelque extension ; il s’en exporte beaucoup, m’a-t-on dit, sur Kotokolé, Dandoui et vers le Yorouba. Le pagne de Kotokolé, qu’on apporte également sur les marchés du Dagomba, est une étoffe à jours en cotonnade blanche, d’une largeur de 1 m. 30 à 1 m. 50 environ ; il est tissé d’une seule pièce ou alors les bandes sont adroitement raccordées au crochet : c’est ce qui doit constituer les jours. J’en ai vu plusieurs à des femmes de Oual-Oualé. Le prix de ce pagne varie entre 6500 et 8500 cauries.
Kotokolé est un grand village situé à une dizaine de jours de marche dans le sud-est de Oual-Oualé. Pour s’y rendre, on passe entre Sansanné et Yendi. Kotokolé ne se trouve pas éloigné de Zogo ou Sokho, porté au nord de l’itinéraire Skertchly.
Alpha Boukary m’a amené un jeune homme ayant été à Kotokolé. Celui-ci m’a affirmé que le travail des pagnes est exclusivement fait par les femmes, qu’on ne parle à Kotokolé ni le dagomba, ni l’achanti, ni le mandé, ni le gondja, que la région est très montagneuse, et qu’au loin dans la même direction il y a des montagnes très hautes. Je n’ai pu obtenir d’autres renseignements : au delà de Karaga il ne se rappelait le nom d’aucun village, il ne se souvenait que du passage d’une grosse rivière coulant vers le sud, probablement la rivière Oti ou Sabran.
Comme dans presque tous les pays où il y a un petit mouvement commercial, on voit un peu d’argent porté en bagues ou en bracelets. Le prix d’un thaler de Marie-Thérèse (5 fr. 50) est de 4000 cauries. On le nomme ici réal.
Oual-Oualé, qui n’est encore qu’un gros village, pourrait rapidement se développer et acquérir beaucoup plus d’importance si sa population était un peu plus remuante.