Les cultures à proximité du village sont clôturées. On y a ménagé des chemins assez larges pour pouvoir circuler sans faire de dégâts.

En attendant qu’on me trouve une case, je m’installai sous un ficus qui tombe en ruine, et dont toutes les branches sont étayées avec soin ; mais, cet arbre étant sacré, on me fait tout de suite évacuer cet endroit. Personne ne doit y camper ou séjourner.

Comme le logement qu’on m’avait destiné était inhabitable, mes hommes et moi, nous nous installâmes sur les argamasses, en établissant tant bien que mal la tente pour nous mettre à l’abri de la pluie.

Dans l’intérieur de ces habitations règne la plus profonde obscurité ; ce sont plutôt des antres que des maisons. Il y circule des rats, des crabes, des lézards et d’autres animaux nuisibles, dont le voisinage n’est pas précisément attrayant, et l’odeur fétide qui se dégage de là dedans empêche de dormir.

Les punaises abondent dans les maisons en terre ; il est absolument impossible de s’en garantir, même avec une moustiquaire.

On est bien mieux et plus en sécurité en plein air ; mais il est souvent difficile de refuser l’hospitalité sans froisser ses hôtes, et bon gré mal gré il faut se laisser abriter.

Le naba, auquel je rendais visite dès que je fus sommairement installé, est le seul individu que j’aie vu vêtu. Son entourage porte, comme vêtements, des peaux de bœuf, de mouton ou de chèvre, d’autres n’ont que des lambeaux de peau en forme de tablier. Ce vêtement (si toutefois on peut lui donner ce nom) ne met pas à l’abri des intempéries, il ne cache la nudité qu’imparfaitement, son port est gênant, et, dès que l’homme doit se livrer à un travail quelconque, ou faire une marche, il lui faut s’en débarrasser ; aussi voit-on plus de gens tout nus qu’habillés. Quant aux femmes du naba, elles portent, comme dans tout le Gourounsi, un simple bouquet de feuilles par derrière ; le devant est tout nu.

Le naba est très grand ; il est vêtu d’un burnous blanc en cotonnade commune indigène. Sa moustache rasée sous le nez, laissant quelques poils qui retombent le long des coins de la bouche à la manière des Chinois, lui donne déjà un air grotesque. Mais ce qui le rend tout à fait ridicule, c’est sa coiffure : il porte, ajustées à son bonnet mafou[1], deux gigantesques têtes d’oiseaux munies de becs. Ces têtes, recouvertes de drap rouge, brodées de cauries, tiennent à son bonnet par des courroies. L’oiseau qui fournit cette parure de luxe est un grand échassier à tête chauve, que l’on appelle vulgairement marabout, et dont les plumes, celles de la queue seulement, sont très recherchées en Europe pour les éventails, les chapeaux, etc.

L’entretien, qui eut lieu en mossi, fut long et laborieux ; nous arrivâmes cependant à nous comprendre mutuellement. Le naba m’informa que, vivant en hostilité avec Bangzoaza, il lui était impossible, à son grand regret, de me faire conduire par ses gens jusqu’à ce village, mais que, pour m’être agréable, il me ferait conduire à Tiakané. Du reste, le chemin n’était pas plus long et le naba était sûr que ce village ne ferait pas de difficulté pour me conduire vers Pakhé et me permettre de gagner Oual-Oualé. Il m’envoya un peu de mil, du poisson sec et des kolas.

Dans la soirée il vint me rendre ma visite précédé de quatre griots qui chantaient en s’accompagnant d’un instrument de musique comme je n’en ai pas encore vu. C’est une bouteille en osier, à fond de calebasse, renfermant des graines. En l’agitant dans divers sens elle produit un bruit assourdissant.