Cela s’était passé à la veille de Christmas, et voici que deux jours plus tard, ils s’étaient retrouvés pour ce dernier soir de fête. Le lendemain Sal s’en allait vers l’inévitable, narquoise et brave, et vingt-quatre heures après, Tom partait à son tour, sept années durant, servir Sa Majesté le Roi et Empereur au delà des mers. Ils savaient cela tous les deux: ce qui forçait l’autre à partir, et ce qui les attendait, mais voici qu’au dernier moment ils découvraient que c’était un bien plus grand malheur qu’ils n’avaient cru.
Tom,—peut-être y songeait-il—poussa un grognement sourd et s’en alla en traînant les pieds vers le comptoir; mais à mi-chemin il se ravisa et revint, par politesse, attendre que Sal eût fini. Elle l’en récompensa en lui tendant son verre avec un gracieux sourire, disant d’une voix très douce:
—S’il vous plaît, Tom, la même chose!
Bill les regarda tous les deux l’un après l’autre, tendit aussi son verre et baissa les yeux vers le plancher.
Cette fois Tom et Bill avaient du gin dans leur bière, et ils commencèrent à sentir que c’était après tout un jour de fête, quel que dût être le lendemain. Bill demanda:
—Quelle sorte de Christmas avez-vous eu, Sal?
Sal détourna la tête, indifférente, et répondit d’une voix traînante:
—Oh! Pas si mauvais... Sauf que le vieux a commencé à me casser des assiettes sur la tête quand j’ai voulu reprendre du pudding; mais il s’est calmé quand j’ai pris le tisonnier... Il m’a dit comme ça: C’est bien! C’est bien, ma petite! Allez toujours! Dans votre nouvelle place vous vous ferez dresser!
Tom grogna:
—J’ai bien envie de lui régler son compte, à celui-là, avant de m’en aller!