Toujours les mains dans les poches de son grand manteau, se redressant et carrant les épaules sur la plus haute marche du perron, Napoléon Laliberté continuait à crier très fort.
—Un arpenteur de Roberval va venir dans la paroisse la semaine prochaine. S'il y en a qui veulent faire arpenter leurs lots avant de rebâtir les clôtures pour l'été, c'est de le dire.
La nouvelle sombra dans l'indifférence. Les cultivateurs de Péribonka ne se souciaient guère de faire rectifier les limites de leurs terres pour gagner ou perdre quelques pieds carrés, alors qu'aux plus vaillants d'entre eux restaient encore à défricher les deux tiers de leurs concessions, d'innombrables arpents de forêt ou de savane à conquérir.
Il poursuivait:
—Il y a «icitte» deux hommes qui ont de l'argent pour acheter les pelleteries. Si vous avez des peaux d'ours, ou de vison, ou de rat musqué, ou de renard, allez voir ces hommes-là au magasin avant mercredi ou bien adressez-vous à François Paradis, de Mistassini, qui est avec eux. Ils ont de l'argent en masse et ils payeront cash pour toutes les peaux de première classe.
Il avait fini les nouvelles et descendit les marches du perron. Un petit homme à figure chafouine le remplaça.
—Qui veut acheter un beau jeune cochon de ma grand-race? demanda-t-il en montrant du doigt une masse informe qui s'agitait dans un sac à ses pieds.
Un grand éclat de rire lui répondit.
—On les connaît, les cochons de la grand-race à Hormidas. Gros comme des rats, et vifs comme des écureux pour sauter les clôtures.
—Vingt-cinq cents! cria un jeune homme par dérision.