Lorsque, quelques instants plus tard, François monta l'échelle avec les garçons, Maria en ressentit un plaisir ému. Il lui paraissait venir ainsi un peu plus près d'elle, et entrer dans le cercle des affections légitimes.
Le lendemain fut une journée bleue, une de ces journées où le ciel éclatant jette un peu de sa couleur claire sur la terre. Le jeune foin, le blé en herbe étaient d'un vert infiniment tendre, émouvant, et même le bois sombre semblait se teinter un peu d'azur.
François Paradis redescendit l'échelle au matin, métamorphosé, en des vêtements propres empruntés à Da'Bé et à Esdras, et quand il eut fait sa toilette et se fut rasé, la mère Chapdelaine le complimenta sur sa bonne mine.
Une fois le déjeuner du matin pris, tous récitèrent ensemble un chapelet à l'heure de la messe, et après cela le Ion loisir merveilleux du dimanche s'étendit devant eux. Mais le programme de la journée était déjà arrêté. Eutrope Gagnon arriva comme ils finissaient le dîner, qui avait été servi de bonne heure, et aussitôt après ils partirent tous, munis d'une multitude disparate de seaux, de plats et de gobelets d'étain.
Les bleuets étaient bien mûrs. Dans les brûlés, le violet de leurs grappes et le vert de leurs feuilles noyaient maintenant le rose éteint des dernières fleurs de bois de charme. Les enfants se mirent à les cueillir de suite avec des cris de joie; mais les grandes personnes se dispersèrent dans le bois, cherchant les grosses talles au milieu desquelles on peut s'accroupir et remplir un seau en une heure. Le bruit des pas sur les broussailles et dans les taillis d'aunes, les cris de Télesphore et d'Alma-Rose qui s'appelaient l'un l'autre, tous ces sons s'éloignèrent peu à peu et autour de chaque cueilleur il ne resta plus que la clameur des mouches ivres du soleil et le bruit du vent dans les branches des jeunes bouleaux et des trembles.
—Il y a une belle talle icitte, appela une voix.
Maria se redressa, le cœur en émoi, et alla rejoindre François Paradis qui s'agenouillait derrière les aunes. Côte à côte ils ramassèrent des bleuets quelque temps avec diligence, puis s'enfoncèrent dans le bois, enjambant les arbres tombés, cherchant du regard autour d'eux les taches violettes des baies mûres.
—Il n'y en a pas guère cette année, dit François. Ce sont les gelées de printemps qui les ont fait mourir.
Il apportait à la cueillette son expérience de coureur de bois.
—Dans le creux et entre les aunes, la neige sera restée plus longtemps et les aura gardés des dernières gelées.