—C'était un bon homme, dit Eutrope Gagnon, un vrai bon homme, fort et vaillant, et sans malice.
—Comme de raison. Je ne veux pas dire que le bon Dieu avait des raisons pour le faire mourir, lui plutôt qu'un autre... C'était un bon garçon, un travaillant, et je l'aimais bien... Mais ça vous montre...
—Personne n'a jamais rien eu contre lui, reprit Eutrope avec une sorte de généreux entêtement.
C'était un homme rare pour l'ouvrage, pas peureux de rien, et serviable avec ça. Tous ceux qui l'ont connu avaient de l'amitié pour lui. C'était un homme dépareillé.
Il leva les yeux sur Maria et répéta avec force:
—C'était un bon homme, un homme dépareillé.
—Quand nous étions à Mistassini, dit la mère Chapdelaine, voilà de ça sept ans, ça n'était encore qu'une jeunesse, mais fort et adroit pas mal, déjà aussi grand comme il est là... je veux dire comme il était... l'été dernier, quand il est venu icitte. C'était difficile de ne pas l'aimer.
Ils regardaient droit devant eux en parlant, et cependant tout ce qu'ils disaient semblait s'adresser à Maria, comme si son secret d'amour avait été naïvement visible. Mais elle ne dit rien ni ne bougea, les yeux fixés sur la vitre de la petite fenêtre que le gel rendait pourtant opaque comme un mur.
Eutrope Gagnon s'en alla bientôt; les Chapdelaine, restés seuls, furent longtemps sans parler. Enfin le père dit d'une voix hésitante:
—François Paradis n'avait quasiment pas de famille: alors comme nous avions tous de l'amitié pour lui, on pourrait peut-être faire dire une messe ou deux... Eh, Laura?