—Voilà ce que j'ai, fit-il d'un air de doute. C'est des pilules. Quand mon frère a eu mal aux rognons, voilà trois ans passés, il a vu dans une gazette une annonce pour ces pilules-là, qui disait qu'elles étaient bonnes; alors il a envoyé de l'argent pour une boîte. Il dit que c'est un bon remède. Son mal n'est pas parti de suite, comme de raison; mais il dit que c'est un bon remède. Ça vient des États...

Pendant quelques instants ils contemplèrent sans mot dire les quelques pilules grises qui roulaient çà et là sur le fond de la boîte. Un remède... préparé par quelque homme repu de science en des pays lointains... Le même respect troublé les courbait qu'inspire aux Indiens la décoction d'herbes cueillies par une nuit de pleine lune, au-dessus de laquelle le guérisseur de la tribu a récité les formules magiques.

Maria questionna d'une voix hésitante:

—C'est-il bien aux rognons qu'elle a mal, seulement?

—D'après ce que Tit'Bé m'avait dit, j'avais pensé que c'était ça.

Le père Chapdelaine fit un geste évasif.

—Elle s'est forcée en levant la poche de fleur, qu'elle dit, et maintenant voilà qu'elle a mal dans tout le corps. On ne peut pas savoir...

—La gazette qui partait de ce remède-là, reprit Eutrope Gagnon, disait comme ça que quand le monde tombait malade et pâtissait, c'était à cause des rognons, toujours; et pour les rognons ces pilules-là, c'est extra. La gazette le disait, et mon frère aussi.

—Quand même ça ne serait pas pour ce mal-là tout à fait, dit Tit'Bé d'un air de respect, c'est un remède de toujours...

—Elle pâtit, c'est sûr: on ne peut pas la laisser comme ça.