CAMEL, montrant un papier aux policemen—Voici mes ordres signés du Shérif. Policemen, arrêtez-les tous! (Personne ne bouge.) Arrêtez-les tous, vous dis-je, et que pas un seul ne puisse s'échapper! . . .
CARDINAL, aux Policemen—Frères, (montrant Camel) emparez-vous de ce traître! (À Camel.) Ah! . . . lâche, il y a longtemps que je soupçonnais la trahison, et que j'avais l'oeil sur toi! Tu nous tendais des pièges; tu t'y es laissé prendre toi-même comme un imbécile. Ces hommes que tu as pris pour des mercenaires du gouvernement dont tu t'es fait le servile valet, sont, des nôtres, entends-tu? Je leur ai fait prendre ce costume pour te forcer à lever le masque; et maintenant que nous t'avons vu tel que tu es, nous savons ce qui nous reste à faire.
LES CONJURÉS—A mort! à mort!
CAMEL—Grâce! pour l'amour de Dieu!
CARDINAL—Grâce? vil espion; si tu en valais la peine, je te ferais sauter la cervelle comme une vieille calebasse pourrie, je jetterais ta sale carcasse aux chiens; mais les armes que nous avons prises pour délivrer la patrie, ne doivent pas commencer par se souiller du sang d'un renégat. Au cachot, misérable! C'est là que tu attendras le jugement que ta trahison mérite! (On jette Camel à la cave.)
LES CONJURÉS—C'est cela. Bravo! . . .
CARDINAL—Frères, nous venons d'échapper à un grand danger. Remercions la Providence qui protège aussi visiblement la cause pour laquelle nous allons combattre. Allons nous mettre à l'oeuvre. Voici les plis cachetés dans lesquels chacun de nous trouvera le mot d'ordre, et les dispositions des chefs. Prenez: soyez prudents, et Dieu sauve le Canada!
LES CONJURÉS—Dieu sauve le Canada!
CARDINAL, à Duquette—Toi, viens avec moi! (À Félix.) Jeune homme, c'est entendu, adieu! à la vie à la mort! . . . (Il lui serre la main.) Sortons.(Tous sortent.)
FÉLIX, resté en arrière—Dans six mois le Canada sera libre! . . . Et moi? . . . Dans six mois, Félix Poutré sera mort, ou sera un grand homme! . . . (Il sort.)