PATRIOTES—Non! non!
TOINON—Ben, j'pense pas! . . .
FÉLIX—Mais voici la fin de l'histoire. Le soir arrivé, je retournai chez le Dr Côté. Je ne pus obtenir l'entrée. Vers neuf heures, je me présentai de nouveau; même résultat. Cela devenait inexplicable. Enfin à 11 heures je partis, déterminé à passer sur le corps de dix hommes, s'il le fallait, pour arriver à lui. A ma grande surprise, j'entrai sans difficulté. «Mon cher Poutré, me dit Côté, nous venons d'être informés que les troupes du gouvernement se dirigent sur Napierville. Elles sont encore à huit lieues d'ici, et conséquemment elles arriveront demain sur les dix ou onze heures du soir. Ils sont à peu près cinq mille hommes. Pars immédiatement et rends-toi à Lacolle où les armes doivent être arrivées maintenant. Il doit y avoir cinq mille fusils et des munitions. » Je me donnai bien de garde d'attendre le jour. Je partis aussitôt pour Lacolle, déterminé à remplir ma mission avec honneur. Chemin faisant, je m'arrêtai à chaque maison où j'espérais trouver un cheval et une voiture, et j'ordonnai plutôt que je ne demandai aux gens de me suivre pour aller chercher ces armes si longtemps attendues. Arrivé à Lacolle, je m'informai . . . Rien! . . . La réalité me frappa comme un coup de foudre . . . Rien! . . . Nous étions trahis et Côté avait voulu m'éloigner pour s'évader plus facilement; c'était toujours deux yeux de moins.
BÉCHARD—Oh! le scélérat.
POUTRÉ—Et maintenant qu'allez-vous faire, Félix? Les troupes anglaises qui sont à quelques milles du village . . .
FÉLIX—Que voulez-vous que nous fassions contre cinq mille hommes de troupes régulières avec quatre cents mauvais fusils? Ah! si nous en avions une fois des fusils! de vrais fusils de soldat! . . . Mais à quoi sert? Tout est fini, c'est bien clair! . . . Séparons-nous, mes pauvres amis, et que chacun prenne son côté! Malheur à qui sera pris! . . .
BÉCHARD—Tu as raison, Félix; tout est fini pour cette fois. L'heure de la délivrance n'est pas encore sonnée. Séparons-nous. Adieu! adieu, mes braves amis.
(Les patriotes serrent la main de Félix et sortent.)
FÉLIX—Adieu, braves compagnons! Puisse la trahison ne pas avoir de suites plus funestes! . . .
TOINON, à part—Et puis dire que j'ai pas pu tant seulement en déplanter la moquié d'un! . . .