FÉLIX—Devinez ce que j'en fait.
BÉCHARD—Tu ne l'a pas prise?
FÉLIX—Non, je l'ai vidée dans mes bottes.
BÉCHARD—Quelle idée!
FÉLIX—Il m'aurait empoisonné, vous comprenez bien. Enfin, s'il revient, je vais lui donner une sauce, le bonhomme! Il ne doit pas en être plus exempt que mes amis. Tâchez d'être là, et quand vous viendrez à son secours, j'arrêterai, mais pas avant! Jusque là, je le secoue comme une vieille mitaine. Mince et long comme il est, il ne doit pas faire grande résistance.
BÉCHARD—C'est bon, secoue-le un peu; ça ne lui fera que du bien.
Il a le verbe pas mal haut le vieil English; il ne manque jamais
l'occasion de nous traiter de damned Canadians. Etouffe-le un peu.
Ça lui montrera à vivre.
FÉLIX—Eh bien, puisque vous dites comme moi, il aura la sauce. Je vous assure, mon cher Béchard, que je suis content de pouvoir vous parler un peu; il y a près de deux mois que je brûle de vous rencontrer seul à seul. Maintenant que vous savez tout prenez garde au moins! car la moindre chose peut me faire découvrir . . .
BÉCHARD—Oh! sois tranquille! (Camel s'avance entre eux deux en souriant.) Camel!!! . . .
FÉLIX—Malédiction! je me suis trahi!! . . .
CAMEL—Mille amitiés, messieurs; je suis charmé de voir que le la . . . l'indisposition de notre ami Félix n'est pas aussi sérieuse qu'on le disait . . .