Il y eut un ouragan de rires, d'injures, de sifflets, de malédictions. Le théâtre en plein vent, renversé à la hâte par une équipe de charpentiers, sembla s'abîmer dans la tempête, et le Septième Hôtel reparut dans sa peu monumentale nudité.
La pièce était jouée, et la multitude, courant après le temps qu'elle venait de perdre, s'enfuit comme une trombe par toutes les issues.
Cinq minutes plus tard, la rue avait repris son aspect accoutumé; les files de travailleurs, de négociants et d'hommes d'affaires s'écoulèrent paisibles et continues, ainsi que les eaux d'un fleuve au soleil.
II
Et voilà comme les choses se passent, si vite effacées. L'agitation provoquée par cette passionnante aventure se dissipa dès que le dénoûment fut divulgué.
Personne ne s'avisa d'attendre miss Ellen Kemp pour la suivre ou la voir un instant de près. On pensa qu'elle ne dépendait plus que de son nouveau mari ou, le cas échéant, de la justice.
Ellen Kemp demeura près d'une heure encore à l'hôtel, afin de régler ses comptes avec le drôlatique régisseur de sa vente à l'encan; puis elle sortit, mit le pied sur l'asphalte, et partit svelte et alerte, tout d'un trait, comme une colombe, avec un bruit d'ailes dans sa légère robe d'été.
Elle allait, sans effronterie, mais sans hésitation, tenant de ses mains finement gantées l'ombrelle et la valise. Elle avait la démarche gaie d'une pensionnaire à peine entrée dans la vie libre et qui se sent encore enveloppée de sympathie dans toute l'atmosphère sociale.
Elle suivait les rues, les squares, les places, les quais; sites numérotés à tous les angles et nullement honorés, comme dans les villes séculaires, de noms célèbres plus ou moins connus.
Grâce à ce système, cependant, miss Ellen n'avait qu'à prendre, aux carrefours, le chiffre le plus élevé pour atteindre, sans consulter personne, la rue lointaine de son propriétaire. Elle y arriva, méthodiquement, en deux petites heures ou, si vous le préférez, en une grande heure trois quarts.