—J'émettrai seulement, interrompit Josuah Brog-Hill, la prétention de contracter, par-devant notaire, une association indissoluble impliquant le partage de nos fortunes et divisant entre nous le travail au dehors et les soins de la maison, le tout sous les auspices d'une loyale et fidèle amitié. N'est-ce pas là ce qu'on appelle vivre en ménage?

Miss Ellen s'apprêtait à formuler quelques objections, mais la vieille gouvernante était entrée dans la chambre sur les derniers mots de Josuah.

—Voici, dit la doctoresse, l'excellente mistress Flyburn persuadée que vos émotions d'aujourd'hui exigent un peu de repos. Elle va vous conduire à l'appartement que, dès ce matin, elle a préparé à votre intention. D'ailleurs, c'est le moment où je dois donner audience à mes malades. Nous reprendrons notre entretien ce soir, car le programme que j'exposais tout à l'heure nécessite d'assez longues explications. Considérez, en attendant, qu'au lieu de persister dans une existence pleine de tourments, vous êtes libre d'adopter, chez moi, le bonheur calme et rationnel.

Cette fois la doctoresse avait parlé très sérieusement et, même, d'un ton un peu déclamatoire.

—C'est trop drôle pour ne pas voir la suite, se dit en elle-même miss
Ellen.

—Au revoir, ajouta-t-elle tout haut; j'aurai le plus grand plaisir à causer ce soir avec vous; agréez aussi l'assurance que j'incline à rester votre amie aussi longtemps qu'il vous plaira.

Les deux jeunes femmes se donnèrent une poignée de main automatique à la mode anglaise, et miss Ellen sortit avec mistress Flyburn, qui lui indiquait le chemin.

IV

L'appartement destiné à miss Ellen était situé au deuxième étage sur le devant de la maison.

A peine entrée, miss Ellen constata, non sans un sentiment de perplexité, qu'elle avait oublié le sac aux vingt mille dollars.