Le dîner, servi dans l'appartement de Josuah, mérite à peine une mention. Les Américains de n'importe quel sexe mangent vite et mal, avec abus de conserves et de poivre rouge.
Sitôt le repas terminé, mistress Flyburn, toujours chronométriquement ponctuelle, mit sur la table un samowar fumant, une théière, des tasses et un assez ample flacon de gin discrètement recouvert de paille tressée.
Cette fonction accomplie, mistress Flyburn disparut, et Josuah précipita l'eau bouillante du samowar dans la théière d'où la vapeur ressortit chargée de parfums.
C'est là, pour les Américaines, comme pour les Anglaises, le signal des causeries intimes; les traits de Josuah s'épanouirent.
—Un peu de thé, ma chère, dit-elle; êtes-vous reposée? Étiez-vous bien chez vous?
—La journée entière m'a paru délicieuse, répondit miss Ellen.
—C'est-à-dire que, rencontrant la fortune aujourd'hui, vous espérez, loin de moi, la liberté demain?
—Je ne songe pas à fuir; votre menace de procès m'effraie trop!
—Je plaisantais, et je suis bien aise que vous vous en soyez aperçue.
—Je ne plaisante pas, moi, je vous jure; il me semble, au contraire, que j'aimerais, moi aussi, à faire valoir mes droits. L'existence, près de vous, doit être très agréable; vous êtes un docteur capable de m'apprendre un tas de choses que j'ignore; vous me promettez de plus votre amitié; que pourrait m'offrir de mieux le plus joli des maris?