Quand le silence et l'air respirable eurent repris possession du logis de Josuah, les deux amies s'embrassèrent et se séparèrent après avoir formellement constaté que le désir de rompre l'association ne leur serait jamais inspiré par aucun des hommes entrevus ce soir-là, fût-ce le tonitruant Tom Nothingworth.
IX
Le lendemain c'était dimanche, jour de flânerie pour Josuah, qui donnait congé à ses malades et passait la matinée à ranger ses livres et à lire, par-ci, par-là, quelque page dont elle résumait la substance en un cahier de notes.
Après le déjeuner, miss Ellen, qui s'apprêtait à sortir, eut la surprise agréable de recevoir pour la première fois dans sa chambre la visite de la doctoresse.
Josuah tenait plusieurs volumes sous les bras; elle s'installa et fit à haute voix diverses lectures piquantes et instructives. C'était, comme on l'imagine sans peine, des réquisitoires et diatribes contre le socialisme du jour où des arguments à l'honneur de ceux qui ne prennent conseil que de leur tempérament ou de leur originalité.
Elle accompagna ces extraits de nombreux commentaires, puis parla de choses moins graves.
Elle assista son amie dans quelques détails de toilette et lui parut plus expansive, plus bienveillante, plus affectueuse encore qu'à l'ordinaire.
Il semblait que des sentiments supérieurs à l'amitié, que des tendresses de soeur aînée ou de mère dussent s'épancher de ce coeur de femme gouverné par un esprit de philosophe et de savant.
—Je vais risquer une question indiscrète,—dit miss Ellen, émue de ce débordement de sensibilité:—n'avez-vous jamais écouté les voeux de quelque soupirant?
La doctoresse éprouva un peu d'hésitation à raconter qu'elle aussi avait, comme la majorité féminine, presque touché le fond du gouffre: