Mais la tirade fut interrompue par la voix retentissante d'un laquais annonçant une visite:

Monsieur le docteur Burns!

Il y eut dans le salon quelques chuchotements, quelques sourires et coups d'oeil rapidement échangés d'où l'on pouvait conclure que si le docteur en question troublait l'intimité du cercle, c'était pourtant un personnage qu'il y avait nécessité d'accueillir avec le plus d'égards possible.

Un geste de M. Blackwork sembla télégraphier en ce sens une recommandation pressante au moment même où l'on vit apparaître M. Burns.

C'était un homme de stature élevée et de formes vigoureuses; sa figure noble et belle, sous une chevelure grisonnante, révélait un de ces rares savants chez qui la poésie et l'enthousiasme vont de pair avec la science. Son regard fixe et la contraction de ses sourcils le montraient comme sous le coup d'une préoccupation grave.

—Cher docteur, quelle bonne inspiration vous amène? dit M. Blackwork, la main tendue.

—Vous venez, je gage, nous demander une tasse de thé, dit de sa voix la plus caressante Mme Blackwork qui, en même temps, présentait la tasse toute prête.

M. Burns, les mains embarrassées par les amabilités combinées du couple Blackwork, prit la parole en promenant un salut distrait à travers l'assistance.

—Pardonnez-moi de surgir ainsi à l'improviste, disait-il, vous me voyez fort agité; j'ai à vous apprendre quelque chose de bien sérieux.

—Quelque chose de bien sérieux? Diable! diable! de quoi s'agit-il donc? demanda M. Blackwork avec un accent de curiosité tel qu'il eût été difficile d'y découvrir la moindre trace d'ironie.