«Et maintenant l'heure grave est venue!…»
Sur ce dernier paragraphe, Andrew avait saisi la lampe d'une main et s'était levé tragique, en manière de poète emporté par son rêve, mimant l'action, vivant les personnages:
«L'aîné ne recule pas,—lisait-il;—inflexible, il veut que justice soit faite, il va vers la fenêtre, la lumière fatale rayonne sur la forêt. Écoutez…»
Éclairé de profil, Andrew était d'une pâleur de mort; sa voix s'élevait en éclats désespérés. Le coeur s'étranglait sous les redingotes de MM. Gibb et Fogg; M. Johann Schelm, entraînement du récit ou terreur de la réalité, s'était enfin mis debout et un semblant de menace roulait dans son oeil ahuri.
«Écoutez!» redit Andrew.
Il y eut un instant d'attente, puis une lueur sillonna la cime des arbres et une détonation retentit dans le bois.
Andrew lança un coup d'oeil final au manuscrit et s'agenouilla.
«Un coup de feu! acheva-t-il; le plus jeune n'est plus! L'aîné tombe les mains jointes:
«J'ai cru bien faire, sanglote-t-il, que Dieu me pardonne!…»
L'émotion et l'angoisse de l'auditoire devinrent indescriptibles. Que dire, que conclure? On regardait avec effarement Andrew prosterné; on entendit une horloge tintant dix heures, en même temps qu'une voix fougueusement acariâtre retentissait au bas de l'escalier: