Cela risquait de devenir d'une monotonie exaspérante, mais il y eut une variante notable dans la partie musicale:

Le ténorino ne fut pas le seul interprète du cantique; un baryton le seconda, puis Mme Rowlands, emportée d'une soudaine fureur de lyrisme, se levait sombrement radieuse, déployant ses splendides bras nus à la lumière des torches, et jetait dans l'invisible torrent de mélodies ses accents passionnés.

Archibald, transporté de joie dans son immobilité de pseudo-fantôme, se flatta que la sérénade était à son intention et que Mme Rowlands lui accordait la grâce insigne qu'il avait demandée, celle d'entendre ce prodige inconnu, ce mystérieux contralto de ménage, aux notes larges et profondes tant vantées par Edward.

De retour au salon, on était un chanteur de plus: le baryton, bel Italien très barbu, très chevelu, mais dont le sourire laissait paraître un léger excès de candeur et de bonhomie, tandis que Capperoni, Vénitien blond, né sous la domination autrichienne, avait dans les traits on ne sait quelle finesse de jeune diplomate.

—Je vous présente mon ami Vagatromba, dit le gracieux ténor à M.
Turlow, qui s'inclina.

—Vous ne vous connaissiez pas? demanda Mme Rowlands, avec son semblant habituel d'indifférence pour ces menus détails.

—Nous ne nous sommes jamais rencontrés au Club, je pense, répondit
Archibald encore plus visiblement embarrassé que précédemment.

Et la conversation se remit à voltiger sur le thème des chroniques du jour, mais les chances de M. Turlow progressèrent d'un degré:

Il osa saisir amoureusement la main de Mme Rowlands, qui lui dit sans trop de colère:

—Y songez-vous, Archibald!