L'azur est immuable de nature, mais susceptible de nuances. Donc faible azur, mais double azur, quand on est cerclé par le ciel et la mer. Suivant les goûts ou les besoins, on donne pour rien l'azur vénitien, le splendide azur du ciel italien, et même le limpide azur du Japon, si on a la manie de l'azur lointain, et si on est tenté de respirer sur les montagnes au front d'azur.
A-t-on foi aux yeux d'azur de l'ange? qu'on s'abandonne, comme un enfant, aux ailes d'azur de l'ange gardien, au plumage d'azur des chérubins joufflus. Mais attention! L'Amour aussi a des ailes d'azur, et les yeux d'azur de l'ange deviennent quelquefois les regards d'azur de la belle à tout faire. Il vaudrait mieux s'arrêter au regard d'azur de la violette, observer la langue d'azur des dragons, couper les bleuets peints d'azur dans les plaines d'azur et poursuivre dans les parterres d'azur, tantôt le scarabée au corselet d'azur, tantôt la demoiselle, ce tourbillon d'or, de gaz et d'azur.
A défaut de veines d'azur, de front veiné d'azur, qu'on se couvre d'une couronne d'azur qui fera un bel effet avec un albornez d'azur, une écharpe d'azur et tout accoutrement de fil d'azur, à plis d'azur. Un pareil équipage est de rigueur pour s'incliner sur le champ d'azur du papier en face des rideaux d'azur de quelque berceau.
Quand les flots d'azur de la mer du cœur viendront à se soulever, ce sera le moment de nager dans le fluide azur, de se plonger dans le plus limpide azur. Il n'y a pas rien que la mer d'azur, les mers aux lames d'azur. La langue d'azur de l'intarissable flot apprend que le lac d'azur, les ruisseaux d'azur sont les champs d'azur de l'eau. En cherchant bien, on finit par découvrir des palais d'azur sous les ondes.
L'azur a rendu tant de services, depuis qu'il est devenu le bleu à deux pieds, qu'il mérite d'être élevé à la dignité de verbe et de jouir, en cette qualité, du privilège de trois pieds. Pour le coup beau ciel azuré, vélin azuré et même pâleur azurée de la mort. On est sûr de le voir avec ses trois pieds toutes les fois que le pied de grue du bleu, l'azur en bleu bipède sont trop faibles ou trop petits pour marcher en ligne.
Mais il y a bleu et bleu, et par conséquent la beauté de la variété dans l'unité de la poétique bleue, de même que dans l'Eglise Gallicane. Anathème au bleu sombre! Mais salut aux deux lacs bleus comme des turquoises, au bleu volubilis, au bleu myosotis et surtout à l'œil bleu d'outremer! De l'outremer sort l'outremer du ciel, qui doit captiver tout front bleuissant d'outremer. Cet outremer a pour perfection un beau ton plus vif que nul saphir.
Le saphir proteste et se réclame de la splendeur du saphir des eaux, de manche de saphir et de baldaquin de saphir.
Le bleu le plus rare est le lapis; il n'a servi qu'une fois pour orner un anneau de lapis. Il en est de même de l'indigo. Le ciel est indigo pour les fameuses journées de juillet 1830.
Voilà assurément trop de bleu pour qu'il n'en passe pas un peu. Cette nuance de langueur sera le bleuâtre, autre espèce de bleu à trois pieds, qui remplira tous les devoirs du service à trois pieds avec les rares sujets fournis par l'azuré, l'outremer et l'indigo.
Le sommeil se présente comme l'amant bleuâtre de la nuit. Reflet bleuâtre est tout naturel, dès qu'on admet clarté bleuâtre, jour bleuâtre. Le foyer seul suffit à donner une idée du bleuâtre; on y remarque les bleuâtres vapeurs, la langue bleuâtre du gaz, les bleuâtres fils du feu. En suivant la bleuâtre rampe, on parviendra au temple bleuâtre. Si l'on est dégoûté de l'haleine bleuâtre des villes, on respirera un air plus pur sur les montagnes bleuâtres; c'est une excellente position pour se rappeler la veine bleuâtre, les veines bleuâtres, la bouche bleuâtre des vivants, et songer au teint bleuâtre des trépassés.