Gautier ne sait pas même échapper aux fautes que toutes les grammaires conseillent d'éviter. On est averti qu'il faut faire attention aux substantifs qui conservent leur unité et n'admettent point de fraction. Gautier aurait donc dû mettre ou au lieu d'à ou bien six, au lieu de cinq dans ce vers:
Aux discrètes lueurs de quatre à cinq bougies.
Il y a des bougies de différentes dimensions, de divers prix; mais il n'y en a point de quatre à cinq.
Pour qu'on ne s'aperçoive pas qu'il ignore ce que tout le monde sait, il affectera de savoir ce que tout le monde ignore. Le Dictionnaire lui donnera raison, mais auparavant, il sera exposé à être qualifié d'absurde, comme ces vers:
J'aime sous les charmilles,
Dans le parc Saint-Fargeau, voir les petites filles
Emplir leurs tabliers de pain de hanneton.
Afin d'avoir une idée de ce pain de hanneton, je me suis adressé à des pharmaciens; ils m'ont répondu que le hanneton est inconnu comme remède dans les ordonnances. J'ai consulté un célèbre médecin, qui a connu Gautier; soit en qualité de docteur, soit à titre d'amateur de poésie, il a trouvé le vers de Gautier absurde, à tous les points de vue. J'ai soumis mes difficultés à d'excellents écrivains, tous disciples de Gautier; ils n'ont pas pu gober ce pain de hanneton. J'ouvre par hasard le Dictionnaire de Littré au mot Pain, et je lis: pain de hanneton: fruits de l'orme. Tous ceux qui n'ont pas un Littré à leur disposition, ne commenceront-ils pas par rire de la boulangerie de Gautier?
Ce pain de hanneton est d'un pédant, et surtout d'un précieux ridicule. Si un Molière avait à refaire les Précieuses Ridicules, il est probable qu'il ne manquerait pas d'attacher à Cathos et à Madelon des tabliers emplis de pain de hanneton.
On ne joue guère au colin-maillard du précieux sans toucher au galimatias. Contentons-nous de quelques citations, car on pourrait en prendre à chaque page: