Sitôt que le maître fut rentré dans sa boîte, les camarades fondirent tous sur Lebrac comme une volée de moineaux sur un crottin frais.

Il y avait là, avec les soldats ordinaires et le menu fretin, les dix principaux guerriers de Longeverne avides de se repaître de la parole du chef.

Lebrac exposa son plan, qui était simple et hardi; ensuite il demanda quels seraient les ceusses qui l’accompagneraient le soir venu.

Tous briguèrent cet honneur; mais quatre suffisaient et on décida que Camus, La Crique, Tintin et Grangibus seraient de l’expédition: Gambette, habitant sur la Côte, ne pouvait s’attarder si longtemps, Guignard n’y voyait pas très clair la nuit et Boulot n’était pas tout à fait aussi leste que les quatre autres.

Là-dessus on se sépara.

Au soir, sur le coup de l’Angelus, les cinq guerriers se retrouvèrent.

—As-tu la craie? fit Lebrac à La Crique, qui s’était chargé, vu sa position près du tableau, d’en subtiliser deux ou trois morceaux dans la boîte du père Simon.

La Crique avait bien fait les choses; il en avait chipé cinq bouts, de grands bouts; il en garda un pour lui et en remit un autre à chacun de ses frères d’armes. De cette façon, s’il arrivait à l’un d’eux de perdre en route son morceau, les autres pourraient facilement y remédier.

—Alorsse, filons! fit Camus.

Par la grande rue du village d’abord, puis par le traje[8] des Cheminées rejoignant au gros Tilleul la route de Velrans, ce fut un instant une sabotée sonore dans la nuit. Les cinq gars marchaient à toute allure à l’ennemi.