—Non, tu sais! faudra trouver quelqu’un d’autre pour être trésorier, c’est trop embêtant et dangereux: je ne me suis déjà pas battu hier soir et aujourd’hui je suis puni....!
—Moi aussi, fit Lebrac pour le consoler, je suis en retenue.
—Oui, mais hier au soir, en as-tu, oui z’ou non, foutu des «gnons» et des cailloux et des coups de trique!
—Ça ne fait rien, va, le soir on te remplacera de temps en temps pour que tu puisses te battre aussi.
—Si je savais, je cacherais les boutons maintenant pour ne pas avoir à les emporter ce soir chez nous.
—Si quelqu’un te voyait, par exemple le père Gugu à travers les planches de sa grange et puis qu’il vienne nous les chiper ou le dire au maître, nous serions de beaux cocos, après.
—Mais non! tu ne risques rien, Tintin, reprirent en chœur les autres camarades pour le consoler, le rassurer et l’engager à conserver par devers soi ce capital de guerre, source à la fois d’ennuis et de confiance, de vicissitudes et d’orgueil.
La dernière heure d’école fut triste, la fin de la récréation sombra dans l’immobilité et le demi-silence semé de colloques mystérieux et de conférences à voix basse qui intriguèrent le maître. C’était une journée perdue, la perspective des retenues ayant tari net leur enthousiasme juvénile et apaisé leur soif de mouvement.
—Qu’est-ce qu’on pourrait bien faire ce soir? se demandèrent ceux du village, après que Gambette et les deux Gibus, désemparés, se furent retirés dans leurs foyers, l’un sur la Côte et les autres au Vernois.
Camus proposa une partie de billes, car on ne voulait pas jouer aux barres, ce semblant de guerre paraissant si fade après les peignées de la Saute.