Tous les Longevernes, les yeux écarquillés, suivirent bientôt chacun des mouvements du grimpeur ennemi gagnant son poste de vigie au haut du foyard de lisière.
Ils regardèrent et regardèrent encore, se frottant de minute en minute les yeux qui s’embuaient d’eau et ne virent absolument rien de particulier, mais là, rien du tout! Touegueule s’installa comme d’habitude, dénombra les ennemis, puis saisit sa fronde et se mit à «acaillener» consciencieusement les adversaires qu’il pouvait distinguer.
Mais au moment où un geste trop brusque du franc-tireur le penchait de côté afin d’éviter un projectile de Camus, impatienté de voir que nulle catastrophe n’advenait, un craquement sec et de sinistre augure déchira l’air. La grosse branche sur laquelle était juché le Velrans cassait net, d’un seul coup, et lui, dégringolait avec elle sur les soldats qui se trouvaient en dessous. La sentinelle aérienne essaya bien de se raccrocher aux autres rameaux, mais cognée de-ci, meurtrie de-là sur les branches inférieures qui craquaient à leur tour, la repoussaient ou se dérobaient traîtreusement, elle arriva à terre on ne sait trop comment, mais à coup sûr plus vite qu’elle n’était montée.
—Ouais! ouais! oille! ouille! oh! oh la la! La jambe! La tête! Le bras!
Un homérique éclat de rire répondit du Gros Buisson à ce concert de lamentations.
—C’est moi qui te rechope encore, hein! railla Camus, voilà ce que c’est que de faire le malin et de menacer les autres. Ça t’apprendra, sale peigne-cul, à me viser avec ta fronde. T’as pas cassé ton verre de montre, des fois? Non! Il est bon le cadran!
—Lâches! assassins! crapules! ripostaient les rescapés de l’armée des Velrans. Vous nous le paierez, bandits, voui! vous le paierez.
—Tout de suite, répondit Lebrac; et, s’adressant aux siens:
—Hein! si on poussait une petite charge?
—Allez! approuva-t-on!