L’équipe de Lebrac devait avant tout chercher les poutres et les perches nécessaires à la toiture de l’édifice. Le chef, de sa hachette, les couperait à la taille voulue et on assemblerait ensuite quand le mur de Camus serait bâti.
Les autres s’occuperaient à faire des claies que l’on disposerait sur la première charpente pour former un treillage analogue au lattis qui supporte les tuiles. Ce lattis-là, en guise de produits de Montchanin, supporterait tout simplement un ample lit de feuilles sèches qui seraient maintenues en place, car il fallait prévoir les coups de vent, par un treillage de bâtons.
Les clous du trésor, soigneusement recomptés, allèrent se joindre aux boutons du sac. Et l’on se mit à l’œuvre.
Jamais Celtes narguant le tonnerre à coups de flèches, compagnons glorieux du siècle des cathédrales sculptant leur rêve de pierre, volontaires de la grande Révolution s’enrôlant à la voix de Danton, quarante-huitards plantant l’arbre de la Liberté n’entreprirent leur besogne avec plus de fougue joyeuse et de frénétique enthousiasme que les quarante-cinq soldats de Lebrac édifiant, dans une carrière perdue des prés-bois de la Saute, la maison commune de leur rêve et de leur espoir.
Les idées jaillissaient comme des sources aux flancs d’une montagne boisée, les matériaux s’accumulaient en monceaux; Camus empilait des cailloux; Lebrac, poussant des han! formidables, cognait et tranchait déjà à grands coups, ayant trouvé plus pratique, au lieu de fouiller le taillis pour y trouver des poutrelles, de faire enlever dans les «tas» voisins de la coupe une quarantaine de fortes perches qu’une corvée de vingt volontaires était allée voler sans hésitation.
Pendant ce temps, une équipe coupait des rameaux, une autre tressait des claies et lui, la hache ou le marteau à la main, entaillait, creusait, clouait, consolidait la partie inférieure de sa toiture.
Pour que la charpente fût solidement arrimée, il avait fait creuser le sol afin d’emboîter ses poutres dans la terre: il les entourerait, pensait-il, de cailloux enfoncés de force et destinés autant à les maintenir en place qu’à les protéger de l’humidité de la terre. Après avoir pris ses mesures il avait ébauché son châssis et maintenant il l’assemblait à force de clous avant de l’ajuster dans les entailles creusées par Tintin.
Ah! c’était solide, et il l’avait éprouvé en posant l’ensemble sur quatre grosses pierres. Il avait marché, sauté, dansé dessus, rien n’avait bougé, rien n’avait frémi, rien n’avait craqué: «c’était de la belle ouvrage vraiment!»
Et jusqu’à la nuit, jusqu’à la nuit noire, même après le départ du gros de la bande, il resta là encore avec Camus, La Crique et Tintin pour tout mettre en ordre et tout prévoir.
Le lendemain on poserait le toit et on ferait un bouquet, parbleu! tout comme les charpentiers lorsque la charpente est achevée et qu’ils «prennent le chat». L’embêtement, c’est qu’on n’aurait pas un litre ou deux à boire pour commémorer dignement cette cérémonie.