S’il ne fut pas du combat fameux au cours duquel la culotte de Tintin, comme une redoute célèbre, fut prise et reprise, il ne songea point à s’en pendre, comme le brave Crillon, mais il vint à la Saute les soirs suivants et prit une part modeste et effacée aux grands duels d’artillerie, ainsi qu’aux assauts houleux et vociférants qui les suivaient généralement.
Il eut la joie pure de n’être pas pincé et de voir prendre tantôt par les uns, tantôt par les autres, car il les haïssait tous, quelques guerriers des deux partis que l’on renvoya ou qui revinrent en piteux état.
Il restait, lui, prudemment à l’arrière-garde, riant en dedans quand un Longeverne était pincé, plus bruyamment quand c’était un Velrans. Le trésor fonctionnait, si l’on peut dire. Tout le monde, et Bacaillé comme les autres, allait, avant de rentrer, déposer les armes à la cabane et vérifier la cagnotte qui, selon les victoires ou les revers, fluctuait, montait avec les prisonniers qu’on faisait, baissait quand il y avait un ou plusieurs vaincus (c’était rare!) à retaper pour la rentrée.
Ce trésor, c’était la joie, c’était l’orgueil de Lebrac et des Longevernes, c’était leur consolation dans le malheur, leur panacée contre le désespoir, leur réconfort après le désastre. Bacaillé un jour pensa:
Tiens, si je le leur chipais et que je le fiche au vent!
C’est pour le coup qu’ils en feraient une gueule et ça serait bien tapé comme vengeance.
Mais Bacaillé était prudent. Il songea qu’il pouvait être vu rôdant seul de ce côté, que les soupçons se dirigeraient naturellement sur lui et qu’alors, oh alors! il faudrait tout craindre de la justice et de la colère de Lebrac.
Non, il ne pouvait pas lui-même prendre le trésor.
Si je cafardais à mon père? pensa-t-il.
Ah oui! ce serait encore pis. On saurait tout de suite d’où partait le coup et moins que jamais il échappait au châtiment.