—Alors! reprit-il, interrompant le concert de louanges qu’on lui décernait, alors vous, vous avez reçu la pile?

—Ah! mon vieux, ce qu’ils nous ont passé! Et le «noir» a dit, ajouta Lebrac, que je ferais encore pas de première communion cette année, rapport à la culotte de saint Joseph, mais je m’en fous!

—Tout de même, des parents comme les nôtres, c’est pas rigolo. Ils sont charognes au fond, tout comme si, eux, ils n’en avaient pas fait autant.

Et dire qu’ils se figurent, maintenant qu’ils nous ont bien tanné la peau, que tout est passé et qu’on ne songera plus à recommencer.

—Non, mais des fois, est-ce qu’ils nous prennent pour des c...! ah! ils auront beau dire, si tôt qu’ils auront un peu oublié, on les retrouvera les autres, hein, fit Lebrac, on recommence!

Oh! ajouta-t-il, j’sais bien qu’il y a «quéque» froussards qui ne reviendront pas, mais vous tous, vous, sûrement vous reviendrez, et bien d’autres encore, et quand je devrais être tout seul, moi, je reviendrais et je leur z’y dirais aux Velrans que je les emm... et que c’est rien que des peigne-culs et des vaches sans lait, voui! je leur z’y dirais!

—On y sera aussi, nous autres, on z’y sera sûrement, et flûte pour les vieux!

Comme si on ne savait pas ce qu’ils ont fait eux aussi, quand ils étaient jeunes.

Après souper, ils nous envoient au plumard et eux, entre voisins, ils se mettent à blaguer, à jouer à la bête hombrée, à casser des noix, à manger de la «cancoillotte», à boire des litres, à licher des gouttes, et ils se racontent leurs tours du vieux temps.

Parce qu’on ferme les yeux ils se figurent qu’on dort et ils en disent, et on écoute et ils ne savent pas qu’on sait tout.