Et lent, dans le soir qui tombait, traînant les pieds où ses souliers tenaient à peine, Migue la Lune, pleurant, geignant et sanglotant, rejoignit dans le bois ses camarades à l’affût qui l’attendaient anxieusement, l’entourèrent et lui portèrent aide et secours autant qu’il était en leur pouvoir de le faire.

Et là-bas, au levant où leur groupe se distinguait mal maintenant dans le crépuscule, retentissaient les cris de triomphe et les insultes narquoises des Longevernes victorieux.

Lebrac, enfin, résuma la situation:

—Hein! on leur z’y a posé! Ça leur apprendra à ces Alboches-là!

Puis, comme rien de nouveau n’apparaissait à la lisière, cette journée étant définitivement la leur, ils dévalèrent le communal de la Saute jusqu’à la carrière à Pepiot.

Et de là, par rangs de six, bras-dessus, bras-dessous, Lebrac de côté, le bâton brandi, Camus en avant, son mouchoir rouge de sang servant d’enseigne au bout de sa trique de bataille, ils partirent au commandement du chef, claquant des talons et marquant le pas vers Longeverne en chantant de tous leurs poumons:

La victoi-ren chantant,
Nous ou-vre la barriè-re,
La li-berté gui-ide nos pas
Et du No-rau Midi la trom-pette guerrière
A sonné l’heure des com-onbats...


CHAPITRE IV
PREMIERS REVERS

Ils m’ont entouré comme la beste et croyent qu’on me prend aux filetz. Moy, je leur veulx passer à travers ou dessus le ventre.