Sur sa paillasse de turquit[38] et son matelas de paillette[39], Lebrac s’étendit las intensément, les membres brisés, le derrière en sang, la tête bouillonnante; il se retourna longtemps, médita longuement, longuement et s’endormit sur son désastre.


CHAPITRE VI
PLAN DE CAMPAGNE

... dans le simple appareil
D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil.

RACINE (Britannicus, acte II, sc. II).

En s’éveillant le lendemain d’un sommeil de plomb lourd comme la cuvée d’une ivresse, Lebrac s’étira lentement avec des sensations de meurtrissure aux reins et de vide à l’estomac.

Le souvenir de ce qui s’était passé lui revint à l’esprit, comme une bouffée de chaleur vous monte à la tête, et le fit rougir.

Ses vêtements, jetés au pied du lit et ailleurs, n’importe où, n’importe comment, attestaient par leur désordre le trouble profond qui avait présidé au déshabillage de leur propriétaire.

Lebrac songea que la colère paternelle devait être un peu émoussée par une nuit de sommeil; il jugea de l’heure aux bruits de la maison et de la rue; les bêtes rentraient de l’abreuvoir, sa mère portait le «lécher» aux vaches. Il était temps qu’il se levât et accomplît la besogne qui lui était dévolue chaque dimanche matin, savoir: décrotter et astiquer les cinq paires de souliers de la famille, emplir de bois la caisse et d’eau les arrosoirs, s’il ne voulait pas encourir de nouveau les rigueurs de la correction familiale.

Il sauta du lit et mit sa casquette; puis il porta les mains à son derrière qui était chaud et douloureux, et, n’ayant pas de glace pour y mirer ce qu’il voulait, tourna autant qu’il put la tête sur les épaules et regarda: