—Tout de même, objecta Boulot, s’il venait à passer du monde, si un mendiant venait à rouler par là et qu’il nous ratiboise nos frusques, si Bédouin nous retombait dessus!

—D’abord, reprit Lebrac, les habits on les cachera, et puis au besoin on mettra quelqu’un pour les garder!

S’il passe des gens et que ça les gêne, ils n’auront qu’à ne pas regarder et, pour ce qui est du père Bédouin, on l’emm...! vous avez bien vu comme j’ai fait hier au soir.

—Oui, mais... fit Boulot, qui, décidément, n’avait pas du tout l’air de tenir à se montrer dans le simple appareil...

C’est bon! coupa Camus, clouant son adversaire par un argument péremptoire, toi! on sait bien pourquoi tu n’oses pas te mettre tout nu. C’est «passe que» t’as peur qu’on voie la tache de vin que tu as au derrière et qu’on se foute de ta fiole. T’as tort, Boulot! Ben quoi, la belle affaire! une tache au cul, c’est pas être estropié ça, et il n’y a pas à en avoir honte; c’est ta mère qu’a eu une envie quand elle était grosse: elle a eu idée de boire du vin et «alle» s’est gratté le derrière à ce moment-là. C’est comme ça que ça arrive. Et ça, ça n’est pas une mauvaise envie.

Les femmes grosses, y en a qu’ont toutes sortes d’idées et des bien plus dégoûtantes, mes vieux; moi j’ai entendu la bonne femme[41] de Rocfontaine qui disait à la mère que y en avait qui voulaient manger de la merde dans ces moments-là!

—De la merde!

—Oui!

—Oh!...

—Oui, mes vieux, parfaitement, de la merde de soldat même et toutes sortes d’autres saloperies que les chiens mêmes ne voudraient pas renifler de loin.